Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 16:45

nemesis mcniven

Pourtant tout est là... - source.

 

Il devient clair que de nos jours le crime ne paie pas. C'est ce que nous incite à penser la mésaventure critique que subit depuis sa sortie en France le dernier opus du duo Millar /McNiven : Nemesis. S'il assassine brutalement et sans vergogne ses victimes, le moins que l'on puisse dire c'est que les critiques le lui rendent bien.

 

Pourtant les derniers debriefings au moment de la sortie de la version US étaient plutôt enthousiastes :

 

"Achetez-le. Vraiment. Si Kick Ass était le Must have 2009, Nemesis sera le Must have 2010, soyez en sûrs. Et oui, Nemesis ferait presque passer Kick Ass pour de la merde… Millar sait écrire ce qui plaît et ce qui vend malgré ses détracteurs qui le trouveront toujours bas du front, la question qui demeure étant « où s’arrêtera-t-il? ». A vous de le découvrir !"

Sullivan pour Cable's Chronicles le 24/03/2010.

 

Lorsque la série s'achève aux USA, le ton devient plus mitigé :

 

"Des sentiments très partagés donc. Difficile de dire que la série est exceptionnelle. Facile de dire que c’est mauvais mais ce serait être de mauvaise foi. Que dire au final ? Eh bien, je vous en conseille la lecture mais pas l’achat."

Syc pour Cable's Chronicles le 20/02/2011

 

Et quand elle arrive en France le moins que l'on puisse dire c'est que la retenue n'est plus de mise :

 

"Malgré les belles promesses initiales, Nemesis, qui est la divinité grecque de la vengeance, ne risque pas de marquer les esprits, si ce n’est comme étant l’un des titres les plus mauvais de l’année."

 

M. Géreaume (qui avait pourtant adoré Old Man Logan du même duo) pour planetebd.com le 22/09/2011 

 

Et le ton peut devenir vite condescendant comme dans cette réponse d'un auteur à un lecteur au sujet de son article incendiaire :

 

"Pour te dire: rien qu'autour de moi je connais deux personnes qui ont vraiment accroché à cet album. Le fait est que nous, anciens lecteurs et plus exigeants, le trouverons probablement creux. Mais sommes-nous le public visé? Je ne pense pas. Après tu as raison, si on achète cet album en pensant y trouver une vraie réflexion sur la violence, par exemple, alors c'est de l'argent de perdu."

 

J. Maniette dans Universcomics le 26/09/11

 

A la lecture de tout cela vous comprendrez donc que le lecteur français est un esthète, un homme accompli nourri à Visconti ou Rohmer et qui ne rechigne pas le soir à lire une page de Montaigne avant de filer au lit. Il lit des comics non pas dans le but - trivial - de se divertir mais pour réfléchir et cela, Nemesis, ne le permet pas pleinement, d'où la condamnation.

 

Plus sérieusement, on peut comprendre la déception comme étant liée à une campagne de teasing diablement efficace qui préparait le lecteur à retrouver Batman dans son meilleur rôle : celui du plus grand méchant que la terre ait pu porter. Cette filiation a été coûteuse car elle ne pouvait que décevoir le fan inconditionnel qui voyait déjà un croisement improbable mais jouissif entre Batman et Dark Vador. Le revers de ce succès marketing est clairement souligné par le très estimé (et estimable) Neault, auteur du blog "Univers Marvel" :

 

"Un faux événement, porté par un auteur qui, visiblement, mise plus sur la communication que l'écriture."

 

Vous comprendrez qu'il est inutile de multiplier la revue de presse car l'unanimité n'est pas cette fois-ci du côté où penche notre cœur meurtri et l'on peut dire qu'à la lecture de ce petit panel on est peut-être face au plus grand ratage de l'année. Pourtant, il n'en rien. 

 

Nemesis est, en effet, loin d'être en-dessous de la majorité des productions grâce à un découpage efficace qui montre à quel point la bande dessinée est plus proche du cinéma que de la peinture. Il y a un sens du mouvement et du cadrage qui révèle une écriture avant tout cinématographique. Et s'il y a un Batman à la base de cette mini-série, c'est celui de Nolan qui est dans la ligne de mire, puisque l'on y retrouve des plans presque à l'identique en particulier dans la manière d'appréhender les villes. La scène du kidnapping du banquier de la pègre de Gotham à Hong-Kong est à bien des égards une scène matrice pour Nemesis. Cette façon de se jouer du décor, d'affronter sa verticalité ou sa vitesse (cf. la scène contre AirForce One dans le comics par exemple) suit une veine identique. 

 

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nemesis story

 

DARK KNIGHT 2

 

Batman / Nemesis : une esthétique urbaine du verre, de la pierre et de la vitesse.

 

Le scénario est-il à ce point mauvais !? Il est ténu et le pitch est raconté à l’envie tellement il est séduisant : un héritier millionnaire se lance dans une quête sanglante contre l'ordre et les faux-semblants d'une société qu'il voue à la destruction pour... son pur plaisir. L'inspecteur Blake Morrow, pressenti à la sécurité intérieure des Etats-Unis, cherchera à se dresser contre lui pour sauver son pays, sa famille, son honneur. Il est clair que l'on est loin de la richesse de La Recherche du temps perdu et que Machiavel ou Hobbes fournissent une réflexion plus approfondie sur la violence. Mais peu de Comics semblent remplir de telles exigences et il est assez déroutant que l'on se lance dans des critiques si assassines alors qu'elles peuvent être largement reprises pour la quasi-totalité de la production actuelle. Une fois de plus, le sens de ce média n'est pas d'être une forme métaphorique parfaite pour faire passer au lecteur les plus grandes pages de la philosophie, ni même de s'imposer par la force de sa narration. Le propre de la BD n'est-il pas justement une hybridation entre le texte et l'image qu'il appelle? N'est-il pas encore une fois le genre le plus proche du cinéma ? On comprend d'ailleurs assez bien malgré la mauvaise réception critique qu'une adaptation par Tony Scott avec Brad Pitt ou Johnny Depp dans le rôle titre soit dans les cartons. La force visuelle du découpage le fait fonctionner comme un storyboard parfait. Il n'y a pas besoin d'une imagination débridée pour imaginer la puissance narrative de ces images. Il n'a d'ailleurs pas fallu attendre longtemps pour qu'outre Atlantique on retrouve déjà une animation par Richard Payne qui met, avec de simples effets, parfaitement en évidence la grammaire cinétique de la série : 

 

 

 


 

 

Enfin, faisons plaisir aux amateurs de philosophie qui, comme Héraclite, la cherchent partout mais évitent finalement le plus souvent le lieu où elle les attend sans surprise, c'est-à-dire dans les livres qui la constituent. Cette idée d'une vengeance aux multiples visages qui se nourrit de l'ennui des puissants est-elle si vide de sens ? Ne retrouve-t-on pas dans Nemesis cette Hybris que les Grecs craignent tant et qu'un personnage comme Néron incarne comme nul autre? Sans trop exagérer, ne peut-on pas deviner dans Nemesis une filiation, bien plus directe que son titre, à la source du tragique grec et à sa vision du destin ? Nemesis présente faussement son plan comme une vengeance contre Morrow (qui anéantit socialement sa famille en mettant à jour leurs activités illicites) mais n'est finalement que le masque d'une vengeance qui peu à peu n'a plus de visage et s'impose à l'homme comme une souillure originelle. Millar est prétentieux dans ses effets de manche mais il nous propose là tout de même de quoi nourrir nos fantasmes et satisfaire mine de rien nos pulsions les moins claires, celles-là mêmes qui nous ont toujours fait préférer Dark Vador à Luke, que ce soit dans les films ou dans notre coffre à jouets et qui nous poussent donc à trouver jouissif ce qui semble si hideux aux autres.

 

 

final nemesis

La fin de la vengeance ? - source.

Par U.
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Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 13:45
Par Freakosophe
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Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 17:06

action-comics

 

Après un été placé sous le signe de la flemme, la rentrée devait être difficile pour l'équipe de Freakosophy. Nous tentons une épreuve de rattrapage en promettant des posts un peu plus fréquents mais peut-être aussi plus décousus que d'habitude. Pour commencer par un présent à nos patients lecteurs, rien de mieux qu'un titre racoleur et l'ombre d'un nouveau scandale sexuel entachant durablement le pouvoir. Et quel pouvoir ! puisqu'il s'agit ni plus ni moins de l'homme le plus puissant sur terre qui se trouve embourbé dans une histoire  sordide où le milieu du porno fricote sans vergogne avec celui du crime.

 

L'homme d'acier a-t-il perdu son slip ? C'est sur un titre aussi retors que s'ouvrait l'univers comics l'été dernier. En effet, une fuite des premières photos de tournage a dévoilé le nouveau costume que porte Henry Cavill dans le reboot de Zack Snyder Superman - Man of Steel

cavill_superman_slip.jpg

"Eh eh eh" : rire jaune - source.

 

Peut-on aller plus loin dans l'infamie et la fin de l'idolâtrie ? Il semblerait que Sleez, un alien en provenance de la planète Apokolips, ait pris la question de la fin du héros au sérieux en cherchant un terrain sur lequel la disproportion des forces et donc de la menace ne joue plus, faisant sien le conseil avisé de Baltasar Gracian : "Quand on ne peut pas se servir de la peau et de la force du lion, mieux vaut se couvrir de la peau et de la ruse du renard »

 

Sleez.jpg

Sleez : la laideur du mal - source.

 

Passé inaperçu lors de sa sortie en 1987 dans les Action Comics 592 et 593, le stratagème visant à vaincre Superman sur le plan moral et non plus physique est peut-être de loin la tentative la plus réaliste de mettre fin aux agissements du héros. Le plan est aussi simple que destructeur : piéger Superman et Big Barda en les amenant à réaliser une vidéo X ruinant ainsi toute crédibilité et écornant au passage un symbole qui ne pourrait plus dans de telles conditions jouer le rôle qu'il s'était attribué s'imposant par sa force mais aussi par sa rigueur morale passée. L'anéantissement moral du héros laisserait d'ailleurs une place à son anéantissement physique dans un tel plan puisqu'il y a fort à parier que Mister Miracle, le mari de Big Barda, ne voie pas cette infidélité d'un bon oeil. Or comme tous les "nouveaux dieux", il est immortel et possède une force et une agilité qui lui permettraient de rivaliser, sans rougir, avec un Superman humilié par cette mésaventure. Une telle circonstance pourrait d'ailleurs le pousser à utiliser la fameuse "Anti-life équation" qui lui permet de prendre le contrôle de la volonté de son adversaire. Il pourrait alors retourner la force de Superman contre lui-même en le poussant au suicide, rendant ainsi plus éclatante l'impasse morale dans laquelle il se serait fourvoyé.

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source.


Ce plan machiavélique contre les forts ne pouvait être que l'oeuvre d'un être faible. C'est cette disproportion aussi bien physique que morale que les scénaristes veulent mettre en lumière en en faisant le plan de Sleez, un être maléfique serviteur de Darkseid une des incarnations absolues du mal dans l'univers DC (responsable entre autres de la disparition de Batman à la fin de Final Crisis #6). Sleez est un personnage intéressant car il incarne parfaitement (d'où sa laideur) son pouvoir qui se résume simplement dans la domination psychique d'un être qu'il amène à réaliser ses désirs inconscients les plus malsains. Il est au sens propre un révélateur du vice. Mais son plan échouera au moment même de sa réalisation car reposant sur l'idée d'un inconscient rongé par le vice, il se heurtera à un homme "super" dans tous les sens du terme puisque Superman est tout simplement transparent à lui-même et ne connaît donc aucune dualité psychique sur laquelle Sleez pourrait se reposer pour l'inciter à s'exhiber. Si l'on passe sur le fait que cette impasse accentue l'inhumanité de Superman, il est intéressant de voir à quel point la mythologie comics repose sur l'idéal grec du Kalos Kagathos (Kalos kai agathos qui signifie littéralement "beau et bon") pour qui l'harmonie du corps est le juste reflet de celle de l'âme. Sleez, être hideux, incarne ce que l'humanité recèle de pire dans son inconscient alors que Superman - être solaire par excellence - est l'aboutissement idéal représenté déjà dans l'antiquité dans la figure du Kouros. On retrouve ici encore - mais sur le plan moral - une filiation claire entre l'univers comics et ce qui fonde la mythologie. En partant d'une telle union les fans de Superman, horrifiés de la disparition du slip rouge de leur héros dans la nouvelle adaptation, devraient se rassurer en y voyant au contraire esthétiquement un pas de plus vers le modèle réel du Superman qui se présente bien comme le kouros de notre époque : l'homme juste en qui la morale et la force s'épanouissent pleinement sculptant ainsi magnifiquement le corps glorieux du héros.

 

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Par U.
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Vendredi 19 août 2011 5 19 /08 /Août /2011 22:34

Des nombreuses théories du complot en circulation, la thèse reptilienne est à la fois la plus radicale et la plus farfelue : il y est question de reptiles anthropomorphes originaires du centre (creux) de la Terre soupçonnés de vouloir mettre en place un nouvel ordre mondial avec l'aide d'illustres représentants infiltrés parmi les cercles politiques (Barack Obama 1, Benoit Hamon  2…), médiatiques (Jon Stewart 2, Florence Foresti 3…) ou dans le show-business (Mariah Carey 4, Britney Spears 5…). 

 

profond

La figure du profond "ceux des profondeurs" de H.P. Lovecraft peut être perçue comme une inspiration initiale du mythe.

 

La théorie a pour auteur David Icke, ancien footballeur professionnel et « homme du peuple », à l'origine d'essais sensationnels relayés progressivement sur internet, épicentre du phénomène reptilien : on ne compte plus les pages web ou vidéos Youtube visant à exposer les enjeux de la conspiration ou à démasquer les célébrités accusées d'y prendre part.

 

Comme toute théorie du complot, le mythe du reptilien repose sur une profonde crise de confiance généralisée. Syncrétique, il s'évertue à reprendre à son compte tous les poncifs du complotisme historique : connivence des milieux médiatiques, politiques et financiers, instauration d'un gouvernement international secret et cosmopolite, pouvoirs accaparés par un seul et même peuple … auxquels il ajoute une angoisse d'ordre purement ontologique : si l'antisémitisme né de l'affaire Dreyfus visait à nier l'humanité du Juif pour mieux s'en distinguer, le mythe du reptilien, en faisant des acteurs du complot les membres d'une autre espèce maquillés en êtres humains, interroge d'avantage l'aliénation de l'Homme, ramené à un état de nature d'ordre inférieur (si l'on peut envier l'extraterrestre, cet autre futuriste dominant l'espace par sa maîtrise technologique, le reptile, aïeul du mammifère et être arriéré réfugié au coeur de la terre, n'a lui, rien d'admirable : il est d'ailleurs moins autre qu'ancien même) par un système cruel et désincarné.

 

 

 

Il faut dire qu'avant l'éclosion de la théorie à laquelle on l'associe désormais, le mot reptilien servait à désigner la partie la plus archaïque du cerveau (la queue de saurien dont parlait Jung), celle que les hommes reptiles souhaiteraient activer pour faire adopter à l'Humanité les pulsions primitives (égoïsme, intolérance, autoritarisme ...) les plus éloignées de la sophistication technologique dont se servent les auteurs de vidéos complotistes pour détecter les signes d'appartenance à la race des reptiles.

 

Or, c'est précisément dans les faux pas de cette même technologie, c'est à dire dans les limites qu'elle pose en terme d'enregistrement, de compression ou de diffusion des données, que les adeptes de Icke croient déceler la trace des hommes reptiles :  zoomant à l'excès sur un détail de l'image, au point de rendre sa définition abstraite, ils espèrent y déceler des pupilles verticales ou une langue fourchue ; ralentissant à outrance un bête mouvement glossique, ils se mettent à y voir une marque de reptilité ; profitant de « friture » dans la transmission, ils font d'elle la manifestation d'une capacité reptilienne à changer d'apparence (shape shifting).

 

 

Vers une poétique du parasite...

 

Bien malgré eux, les auteurs de ces vidéos sont à l'origine d'une véritable poétique du parasite, qui cherche à faire de cet élément technologique corrompu le signe d'une autre dégradation : celle née du surgissement d'une nature refoulée au sein d'une civilisation détournée de ses vertus protectrices à de tout autres fins (bureaucratie, désinformation, confiscation du pouvoir par une minorité …), au point d'en avilir l'Homme. La modernité et l'informatique apparaissent alors comme moyens d'émancipation, de résistance contre un système politico-économique ne faisant que mettre la culture au service d'une vision hobbesienne de la loi de la jungle.

 

Tout aussi prétexte à la paranoïa conservatrice qu'à la rage révolutionnaire, l'objet/cible que constitue le mythe du reptilien résume à lui seul les inquiétudes du siècle naissant, tiraillé entre repli identitaire et internationalisme, tentation fasciste et désir de révolte. Catalysant la défiance du peuple à l'égard des élites, il est à la fois symptôme et interprétation symbolique d'internet : si l'homme reptile des précolombiens figurait la mort, et celui de V la menace communiste, le reptilien moderne n'est autre que le monstrueux rejeton d'un capitalisme sauvage  devenu incompréhensible qu'internet, vécu comme religion, s'efforce (par l'absurde) de dénoncer.

 

reptilien.jpg

On s'est fait repérer... - source.

Par B.
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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 16:07

 


read dead

Si vous cherchez encore du soleil cet été, il vous reste Red Dead Redemption... - source. 

 

Toute l'année vous êtes ravis par la ligne éditoriale sexy et enchanteresse de Freakosophy mais il vous en faut toujours plus et on vous a habitués chaque été à un petit cadeau. Refusant les sirènes de la publicité facile nous contribuerons modestement à votre bonheur en dévoilant quelques jeux sur lesquels débattre mais en offrant aussi deux codes de téléchargement de l'un des meilleurs jeux de stratégie sur IOS Conquist 2 de la conception duquel nous sommes partie. 

 

Mais avant de tenter votre chance revenons sur un des débats phares qui draine, presque autant que Pornosophie, de nouveaux lecteurs sur le site : les jeux vidéos c'est de l'art ou du cochon ? 

 

Après la position du problème, les articles manifestes ou les questions plus techniques, il nous reste à analyser quelques exemples bien sentis mais aussi et surtout à ouvrir le débat sur une contradiction fine qui ne se résume pas à une opposition aussi massive que fugace. En somme, si vous êtes de fins dialecticiens amateurs de causes perdues, ou que vous voulez défendre vos premiers émois esthétiques devant des pixels sur une TV basse définition avec un son qui fait passer un pipeau pour un orchestre symphonique vous êtes les bienvenus dans l'espace de commentaire, pour commencer, mais aussi par la suite au cœur même des articles car nous essaierons de répondre point par point aux critiques même quand elles sont de mauvaise foi.

 

Duchamp_Foutain.jpg

"Il paraît qu'il y a un type qui renverse des chiottes et qui dit que c'est de l'art - je crois même que c'est Didier Deschamp et qu'il expose à Kronenbourg" - M. Duchamp, The Fountain - source.

 

Il semble clair que nous avons déjà réglé son compte à Flowers et aux déclarations  délirantes et totalement exemptes de modestie de son créateur à côté duquel Michel Sardou est le dernier esthète de notre siècle. Il nous reste donc à mieux saisir deux "productions" (Hop on commence à savonner la planche) plus ou moins indépendantes : Limbo et (parce qu'il finit toujours par revenir) Braid. A eux deux, ils mettent bien en avant deux traits caractéristiques des nouvelles productions arty : l'atmosphère ou le gameplay.

 

 

"Atmosphère, atmosphère" : Limbo.

 

limbo

"cours, petit, cours..." - source.    

 

Il est difficile de ne pas être séduit immédiatement par l'aspect visuel du jeu. Dès l'écran titre et son minimalisme assumé le ton est donné : nous naviguons en plein cauchemar. Celui-ci est renforcé par le fait qu'il s'enracine dans l'enfance et fait jouer au mieux des peurs que nous pensions définitivement derrière nous, bien cachées dans le terrier de la petite souris. 

Le pitch est des plus simples mais aussi des plus noirs : un petit garçon part seul à la recherche de sa sœur à travers les limbes (d'où le titre limbo). Le jeu s'ouvre dans une forêt maléfique et se finit assez abruptement lorsque le "héros" rencontre une fille après avoir traversé de nombreux tableaux tous plus désolés les uns que les autres et rencontré une humanité assez peu accueillante.

 

Au graphisme nu et au scénario minimaliste correspond un gameplay dans la même veine : le petit garçon se déplace avec le stick de la manette, saute lorsque l'on appuie sur un bouton et interagit avec un autre - rien de plus. Et pourtant malgré cette gigantesque économie de moyens, l'émotion est au rendez-vous et le malaise est bel et bien présent voire beaucoup plus que dans un bon vieux "survival horror" type Dead Space qui multiplie les effets pour tenter de nous faire tressauter. De ce point de vue, le jeu est une vraie réussite et a mérité ses prix aussi bien que la reconnaissance du public.

 

silent-hill-homecoming.jpeg

Silent Hill : Homecoming - Profusion mais aussi déception - source.

 

C'est une réussite mais est-ce de l'art pour autant ?

 

La question ne peut pas ne pas se poser d'autant plus que contrairement à Flowers qui est un peu la musique d'ascenseur du jeu vidéo on est face à un univers dérangeant qui suscite indéniablement une réaction. L'aura de petite production indépendante en rajoute un peu et on trouve facilement sur le net des centaines de joueurs qui crient au génie. Ainsi nous pouvons lire sur un forum :

"Un jeu profond sans paroles, un jeu beau sans couleurs, un jeu triste sans larmes, un jeu antonyme d'ennuyeux avec deux boutons, c'est grandiose. C'est une œuvre d'art. C'est une pièce maîtresse du jeu vidéo. Playdead, bravo!"

bourricoconut, le 07/07/2011.

 

"Limbo est un jeu magnifique, tout simplement sublime, une patte graphique de fou et ses bruits de son de limbo collent parfaitement avec ce jeux . Ce jeu c'est de la poésie..."

Snatos 59, le 30/06/2011

 

Nous retrouvons immédiatement ici l'idée que le terme d'art vient donner une dignité qui ne serait pas reconnue dans le domaine vidéoludique. La plupart du temps, dire que c'est de l'art, c'est tout simplement affirmer que c'est génial - c'est-à-dire que, dans son domaine (qui n'est peut-être pas de l'art), le jeu est une réussite. (Les amateurs ont tout de suite reconnu derrière cet argument un combo philosophie analytique appelé couramment the Wittgenstein's Nightmare.) Les différents commentaires confirment cette utilisation problématique du mot. C'est un peu comme quand vous dites que "c'est terrible" (ou plus récemment chez nos amis les jeunes "ça bute")  lorsque l'on vous demande si vous avez aimé un film. Vous n'avez pas été terrifiés et vous n'avez pas été tués, l'expression est là pour suggérer par une exagération le fait que le film "déchire sa race".

 

Mais si c'est une simple question de langage - la volonté de manifester notre franche approbation - pourquoi alors ne disons-nous pas que Battlefield 3, qui est acclamé par la critique et est avant même sa sortie un succès, est de l'art ?

 

limpo pendu

"Noir, c'est noir. Il n'y a plus d'espoir" - source.

 

L'objection se tient et nous oblige à présumer les conditions de cet emploi trompeur du mot "art". Il s'applique presque exclusivement à une catégorie de jeux bien particulière souvent liés à des studios indépendants qui développent visuellement un univers beaucoup moins formaté que les productions de masse ou un gameplay surprenant car reposant sur des mécanismes innovants.

 

Limbo est en ce sens un cas d'école : l'univers graphique est en partie novateur pour un jeu même si cela n'empêche pas qu'il emprunte des codes bien définis (et très vendeurs) souvent déjà labellisés, un peu indûment certes, "art et essai".

 

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Attention au terrible "effet Burton" ! - source.

 

On peut penser à une imagerie adolescente gothique type Emily the Strange mais c'est surtout du côté de Burton que l'on peut retrouver la mélancolie si particulière d'un tel univers. Le problème alors se redouble en tombant précisément dans cet effet Burton. Car la question de l'art se pose finalement aussi au niveau de ses propres productions : suffit-il de créer un univers original pour être un artiste ? N'y a-t-il pas finalement une différence de nature et non simplement de degréentre David Lynch et Tim Burton ? Cela mériterait à soi seul un post mais nous nous contenterons juste de mettre au jour la difficulté pour le moment. 

 

On peut trouver aussi des références plus directes dans le monde de l'art et là évidemment l'association cauchemar enfantin + araignée + éloge de la fuite = Louise Bourgeois. L'œuvre éclaire le jeu en perçant à jour ses carences. Limbo, en nous faisant prendre part à la quête de ce petit garçon (qui est probablement l'avatar inconscient du joueur perdu dans les limbes de son propre psychisme) diminue la charge de l'œuvre même si l'angoisse est nette sur le moment. Le rapport aux émotions est donc là encore une piste qu'il faut creuser pour approfondir la différence. Le jeu produit une émotion immédiate qui n'a pas vocation à durer alors qu'une œuvre d'art repose sur une forme de possession. Les araignées de L. Bourgeois - ses "Mamans" - hantent durablement notre imaginaire alors que Limbo, comme son personnage, s'évapore très vite. Là encore il y a à parier que la position de spectateur permet une imprégnation beaucoup plus profonde du sens réel de l'œuvre alors que le jeu, en faisant appel à l'activité du joueur, empêche finalement la bouture de prendre.

 

maman

Une des "Mamans" de Louise Bourgeois - source.

 

Tout cela est encore un peu confus mais plus la réflexion progresse plus des barrières se dressent entre les deux types d'œuvres. Il reste alors à consolider cela ou à trouver l'œuvre hybride parfaite qui suscitera immédiatement une adhésion. Pour le moment, l'honnêteté oblige à reconnaître qu'il n'existe pas encore un tel jeu. La réussite de Limbo n'a pas à être dénigrée pour autant car ce jeu est un beau jeu mais aussi un bon jeu dans le sens qu'il provoque un plaisir ludique indéniable et que, par-delà le jeu, cette fin si étrange et brusque ne manque de nous interroger sur l'ensemble du parcours et sur ce qu'il représente vraiment.

 

limbo spider

Une reprise réussie - source.

 

 

 

Si vous n'êtes pas là pour causer mais pour gagner, ce qui suit est fait pour vous. Nul besoin de se casser la tête les gagnants seront tirés au sort parmi les commentaires en bas de cette page - la seule contrainte est simple : laissez les trois titres de jeux qui selon vous mériteraient le label "œuvre d'art". 

 

Vous gagnerez donc peut-être un code pour télécharger Conquist II sur Ipad ou Iphone et vous pourrez ainsi retrouver les sensations de Risk en affrontant des joueurs du monde entier. Un design soigné et des règles simples et éternelles vous feront certainement comprendre ce que nous entendons par "ludique" et en quel sens cette qualité n'a rien à envier à n'importe quel label artistique préconçu.

 

conquist_2.jpg

 

conquist 2

 

conquist map

Par U.
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