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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 21:03

Si l’on met de côté les chefs d’oeuvre, il apparaît que le cycle normal d’une série s’achève presque irrémédiablement par la déception (Dexter, True Blood, Walking Dead…). Un pitch efficace, des personnages attachants ou complexes, peuvent aisément attiser la curiosité du téléspectateur une saison et l’engager sur une deuxième mais le cap de la troisième est souvent fatal. En somme excepté The Wire et Breaking Bad (Mad Men aussi pour moi, mais je reconnais la subjectivité de ce choix) il est difficile de trouver une oeuvre qui maintienne intact notre attachement ou encore mieux qui le renforce. Banshee, au contraire, nous prend à revers et nous pousse à aimer ce que l’on aurait pu ou dû pourtant détester.

 

Suite à l'avénément prochain de la publicité sur Overblog, nous avons décidé de déménager le site et de vous offrir quelque chose de plus grand, plus beau, plus fun (avec une vraie mise en page !). La suite de l'article est donc ICI

 

 

http://www.freakosophy.com/#!Banshee-il-était-une-fois-la-fin-de-l’Amérique/c112t/4E482117-1FB1-4DE2-95C3-8266084073AD

Banshee : il était une fois la fin de l’Amérique.

Une série B, C, D, E…

 

Le show conduit par Jonathan Tropper et David Schickler (mais aussi peut-être plus significativement produit par Alan Ball - Six feet under et True Blood) affiche sans complexe dans les premiers épisodes son look de nanar : violence complaisante, un érotisme de magazine de routier, des dialogues carambar et un héros un peu bas du front. Il n’y a que le « méchant », brossé à gros traits dès le premier épisode, qui rend dans les premiers temps la série plus respirable.

 

L’histoire reste un classique du western sur fond de bad boys et de détournement d’identité : Un homme (dont le véritable nom reste inconnu) sort de prison et s’installe dans une petite ville de Pennsylvanie en apparence tranquille : Banshee. Lors de son arrivée, il participe à une rixe, dans un bar, qui se termine avec trois morts - dont celui qui devenait devenir le Shérif de la ville (Lucas Hood). Après quelques hésitations, il prend l’identité de celui-ci et endosse le costume de l’homme de loi recruté par un jeune maire ambitieux dans l’espoir de faire tomber le parrain local : Kai Proctor (joué par l’impeccable Ulrich Thomsen - acteur principal de Festen). Mais, très vite, il semble que sa motivation personnelle soit plutôt de retrouver son ancienne complice de casse, et amante, pour qui il a enduré dans la douleur 15 années de prison. Celle-ci se cache aussi dans la ville sous une fausse identité, celle de la bonne mère de famille américaine.

Banshee : il était une fois la fin de l’Amérique.

Je suis celui qui est… ou pas

 

Il serait assez facile de gloser sur l’identité et sur la façon dont Banshee, avant toute théorie du genre, joue sur l’idée que l’on « performe » celui que l’on est. Le faux shérif devient le vrai shérif en jouant au shérif… Mais c’est bien plutôt, pour nous, du côté de la marge que la série prend un tournant intéressant qui très vite lui fait abandonner son petit côté Walker Texas Ranger pour retrouver un format à la fois plus prenant et intelligent. De façon assez traditionnelle, le show semble croquer les moeurs d’une petite bourgade tranquille en jouant sur les problématiques très américaines du multiculturalisme. La particularité de la ville est en effet de voir cohabiter ensemble Wasp, Amish et Indiens. Si l’intrigue se construit autour du jeu d’une impossible intégration puisque ces communautés reposent sur le désir de s’isoler pour se préserver, il reste qu’elle est portée par des personnages par essence double voire antagoniste : un taulard homme de loi, un ancien amish mafieux, un travesti, une lolita amish… Ces figures contrastent avec celles plus caricaturales qui installent bien le show dans le registre de la série B : un ancien boxer barman black, un jeune maire arriviste, un ancien Marine, une ado bien relou avec son petit frère handicapé… mais aussi avec les intrigues convenues qui reprennent un à un les standards du western de l’attaque de la diligence à Fort Alamo compris. Mais le frisson est, semble-t-il, ailleurs.

La carte n’est pas le territoire

 

Ainsi le plus intéressant est-il peut-être lié au fait que cette description des moeurs d’une petite ville américaine se fait par les bords. Ce sont uniquement des marginaux qui semblent présider à sa destinée et la ville en elle-même n’est que le lieu d’intrigues secondaires qui dépassent de loin ses habitants. Tout se joue donc à côté : à côté du centre, de la loi et du religieux.

 

De façon évidente les lieux qui voient naître l’action sont en dehors : le vieux bar où loge le Sherif, la propriété du mafieux, la communauté Amish puis plus tard la réserve indienne (qui est légalement en dehors de toute juridiction et consiste donc une terre à part). L’entrée dans la ville elle-même fonctionne comme un principe de déterritorialisation qui semble passer nécessairement par une confrontation puisque les territoires isolés ne peuvent que se croiser en son sein. C’est cette drôle de construction spatiale axée sur un dedans/dehors qui joue dans un second temps sur la construction des identités du personnage. En effet tous les personnages doubles le sont de façon géographique : ils ne sont pas les mêmes au coeur de la ville et en dehors. La marge devient le lieu de la véritable identité quand la ville s’installe plus traditionnellement comme une sorte de scène où l’on joue qui l’on devrait être : le mafieux devient alors un bienfaiteur, la Lolita une jeune fille respectable, l’ex-tueuse une mère de famille rangée. 

 

Toute la série va alors se construire sur ce jeu de construction des identités au sein de cette spécialisation si particulière. Car bien évidemment ce partage symbolique ne peut se maintenir sans y introduire sans cesse et toujours de la violence. Si l’intérêt pour la série est croissant c’est précisément car on voit mal comment peu à peu cette dualité peut se maintenir. Les premiers épisodes installent une ambiance, plantent un genre mais n’annoncent pas la tension. Celle-ci apparaît peu à peu comme une évidence quand l’on saisit que par-delà le jeu que chaque protagoniste suit (ou performe) il reste fondamentalement ce qu’il est. Il n’y a pas véritablement de seconde chance comme aime à le rappeler le Shérif à ceux qu’ils croisent, récitant certainement pour lui-même une morale qu’il ne croit pas pouvoir éviter.

 

 

Changement d'adresse du site : http://www.freakosophy.com

 

 

Banshee : il était une fois la fin de l’Amérique.

La fin des pionniers 

 

L’Amérique se construit mythologiquement sur la possibilité de repousser les frontières et d’établir un nouveau foyer ou justement tout peut repartir. En mettant en scène l’impossible rédemption du faux shérif de Banshee la série clôture immédiatement cet espoir. Le nouveau Lucas Hood n’est pas venu se perdre ici pour reconstruire une vie en fondant celle-ci sur de nouvelles règles. Il connaît l’illusion des nouveaux commencements et c’est pour cela qu’il ne cherche pas comme un pionnier à fuir plus loin vers l’ouest (Far West) ou vers le nord comme il le conseille à un malfrat de passage. Il reste là, car rien n’est différent ailleurs. Son caractère demeurera imperturbablement le même, l’amenant de toute façon à braquer et tuer à nouveau. C’est cette raison qui fait que la quête d’identité est secondaire pour le personnage même si elle est centrale pour le spectateur. Nous apprenons au fil des épisodes son passé et surtout les conditions de son enfermement qui ont fini d’achever ce qu’il était déjà en projet. Il en va de même pour celle qu’il aime, Anna / Carrie Hopewell, dont le personnage est en grande partie décalqué à partir du film Salt, allant jusqu’à reprendre les allures de l’héroïne interprétée par Angelina Jolie. Ces éléments ne sont là que pour nous amener à comprendre les raisons mêmes de leurs agissements et non pour tracer un point de départ qui nous permettrait d’évaluer leur maturation. Ainsi la série se bonifie-t-elle au fil des épisodes car elle nous conforte dans l’idée que rien ne pourra changer et nous permet de mieux apprécier ce que sera le dénouement final.

Banshee : il était une fois la fin de l’Amérique.

Profondément pessimiste, la série Banshee est donc bien plus prenante qu’elle n’y paraît. Elle signe la fin du rêve américain au sein même de ses codes. En reprenant dans les moindres détails le western américain elle invalide épisode après épisode la vanité de ses espoirs et nous rappelle la seule chose sur laquelle on puisse compter : il n’y a pas de rédemption.

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