Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 23:22

 

 

Victorian-Star-Wars-Terry-fan.jpg

Passez en mode Victorien grâce à Terry Fan.

 

Chers lecteurs,

Freakosophy sera bientôt de retour - en attendant nous profitons de la re-sortie de l'épisode I de Star Wars pour vous proposer l'épisode VI au complet en iconoscope !!

 

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La suite c'est par ici - ce sera l'occasion de faire connaissance avec le travail de Wayne Dorrington.

 

Wayne_dorrington.jpg

Par U.
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 03:22

 

 

BlackestNight_couv2.jpg

source

 

Notre petite incursion dans le monde des cross-over ne peut pas s'arrêter là. Nous ne serions pas totalement pop, si nous ne cherchions pas à établir des préférences et des listes. Quoi de mieux pour s'orienter dans la vie qu'un "1" suivi d'un "2", bientôt rejoint par un "3"...? 

Parmi les challengers pour la première place, j'oserais personnellement miser sur Blackest Night (DC Comics). Aucune stratégie éditoriale n'a réellement été mise en place pour vendre ce cross-over (pas de mort de super-héros de première ligne, pas de concept renversant). Mais il regroupe bon nombres de qualités essentielles.

 

BlackestNight_inkspage022-1-.jpg

source

 

1. Du sang !

Il s'agit peut-être d'un des plus gore (si on met de côté le faux cross-over de Marvel Zombies). La liquidation des héros constitue justement le programme du scénario de Geoff Johns. Partant de l'idée que beaucoup d'entre eux ont déjà ressuscité de bien trop nombreuses fois, un super-vilain (la Lanterne Noire) est envoyé pour faucher tous les héros qui ont bénéficié des largesses des scénaristes passés. L'intention est de faire un peu le ménage. Et les morts successives d'Anciens de la Justice League sont assez effrayantes. 

 

BlackNight_deaths.jpg

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2. Des larmes !

La systématicité est inhérente au cross-over, car il faut à chaque moment pouvoir entrer dans une histoire qui tient en plusieurs fascicules, voire plusieurs volumes. Ici, le ressort est de faire se confronter en permanence un héros avec son propre sidekick boy, mort au combat, ou avec un camarade abandonné, ou encore avec l'ancien porteur du costume lui-même. Mais le défi est de reconnaître bien sûr, les visages zombifiés au milieu de ces déterrements. C'est la mémoire entière de DC qui est convoquée et qui se reforme dans un face à face avec les vivants, et les ressuscités. Les comics ont quand même ceci de particulier d'être une des industries de l'entertainment à la plus large mémoire. A la naissance de Superman (1932), il n'y avait pas encore de disques pop. 

 

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3. Des symboles (en couleurs, pour mieux comprendre) !

Sur cette première trame en naît une autre, complètement mythologique et folle : l'union de lanternes de toutes les couleurs. Une sorte de corps militaire cosmique et gay – absolument freak puisque chaque recrue vient d'un point de l'univers différent. Une Lanterne Verte ne suffisait donc pas, il fallait parcourir tout le spectre, et surtout trouver un sens à chacune de ces couleur de lanternes. La lanterne verte est synonyme de courage, la lanterne jaune de peur ; mais on voit aussi réapparaître toutes les lanternes secondaires (bleu, rouge, rose, orange, et surtout indigo) qui diffractent en autant de possibilités les aventures du héros originel Hal Jordan (premier lanterne verte si on excepte Alan Scott). Mais cette fois-ci, l'univers de la fable est ramené, synthétisé sur un seul plan de réalité narrative. Et les sept couleurs de l'arc-en-ciel tentent autant que possible de progresser de concert, alors que leur superposition donne plutôt l'impression d'une parodie de rainbow flag. L'amour qui cristallise côtoie la haine qui gerbe du sang acide et qui tape régulièrement l'espoir (bleu) qui ne sert pas à grand chose... Mais en plus de leurs antagonismes naturels survient une autre problème : tous essaient de canaliser l'unique héros de la lanterne orange, si avaricieux et lâche, qu'il a tué tous les autres orange lantern pour s'accaparer leurs pouvoirs ! Quant aux indigos, aussi mystérieux que la naissance de cette couleur elle-même, ils ne parlent qu'un langage incompréhensible, qui est supposé être celui des pures émotions...

L'ultime épisode (Green Lantern #52) est le seule – de ce que je sache – qui propose une véritable cosmogonie (lanternienne) de tout l'univers DC. D'abord il y a la volonté (hello, Arthur Schopenhauer ! Ta couleur préférée est le vert, le savais-tu ?), puis du chaos primordial des êtres vivants émerge la peur (jaune). L'amour (rose – évidemment) naît simultanément à la peur (mais sans lien dialectique véritable), et aussitôt avec l'amour, l'avarice (orange) qui débouche fatalement sur la haine et la guerre (rouge). L'espoir arrive tardivement comme remède à la haine... et enfin, la compassion "offerte à tous" semble englober tous les autres sentiments. Ce qui est très amusant est que cette cosmogonie est un décalque du travail des auteurs de comics eux-mêmes, produisant des sentiments et du suspense, avec des couleurs et des dessins... pour nous laisser dans un pur état d'empathie à la fin, avec les méchants comme avec les gentils ?... Peut-être.

Visuellement, tout est déjà contenu dans ce programme. Le code couleur est simple, le noir s'oppose aux sept autres couleurs. C'est entendu, mais surtout, ces couleurs (ou leurs absences) se mêlent et se confondent, car au moment de prendre la vie d'un héros, le double zombie doit littéralement manger les émotions du super héros vivant. Et soudain, la simplicité de ce code couleur signe la fin du héros lui-même. Car dès qu'il apparaît dans le regard du mort-vivant comme une simple silhouette colorée, dès que le héros se laisse dominer par une émotion en particulier, il est en capacité d'être dévoré. Evidemment, c'est aussi le lecteur, sa vie intérieure et ses émotions qui sont soudain accaparés par la simplicité de la narration et du ressort narratif. Et c'est encore le lecteur qui est heureux de voir disparaître les personnages de secondes zones, ou dépassé par le retour soudain et abondant de tous "les morts au combat" des aventures DC. 

 

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4. Des beaux dessins !

Autre avantage de ce cross-over sur beaucoup d'autres (excepté peut-être Civil War, par la qualité du dessin de Mc Niven) : la série principale est particulièrement bien dessinée, et les arcs secondaires le sont tout autant. Ivan Reis est très proche d'un dessin élégant à la Alan Davis. Du classique. Et plus encore, le dessin de Doug Manhke est tout simplement génial : froid et détaillé, pas si loin éloigné d'un Arthur Adams (héros de mes jeunes années). Ses mises en scène rappellent aussi les plus belles planches de Quitely, par sa cruauté (quatre bandes horizontales, aux cadre instables, où les détails portent souvent moins sur les muscles du héros que sur les effets de textures, veinules et autres pourrissements – quatre bandes systématisées par ailleurs par le Nemesis de McNiven). Le Green Lantern 43, tout particulièrement, qui est aussi le premier du cross-over, est une petite merveille, notamment grâce à ces pages où s'imbriquent la vie du petit malfaiteur minable, William Hand, avec le "redessin" des grandes morts des cross-over DC précédents. Ou ce moment où William Hand se suicide, puis renaît. On rêverait que les dessinateurs aient plus souvent la possibilité de faire respirer le scénario de cette façon. Enfin, la série des Lantern Corps, est tout aussi bonne, assurée par le dessin clair de Patrick Gleason. 

 

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4. De la dialectique folle !

On retrouve enfin, toute la dialectique classique des cross-over : telle la fameuse la sursomption du Bien et du Mal par une force supérieure et cosmique, en l'occurence, ici – en toute simplicité – la Mort... en la personne de Nekron. Mais cette nécessaire incarnation des forces cosmiques dans des corps et des identités joue défavorablement. Car sitôt que la Mort devient un personnage, elle peut se faire botter les fesses, de la façon la plus cavalière qui soit. Le comics appelle autant qu'il avorte toute véritable sursomption - seul le Beyonder, dans les Guerres secrètes a vraiment pu incarner cela, par sa tentative d'auto-accouchement délirante, et aussi parce qu'on savait de la première Guerre Secrète qu'il n'est initialement qu'une lumière. On peut donc lire une fin relativement classique, où l'enjeu critique réside dans la personnalisation des forces cosmiques (Qui deviendra le Lanterne Blanc ? Qui est vraiment le Lanterne Noir ? Qui va tuer le Lanterne Noir ?). Très vite ceux qui s'affrontent dans le dernier épisode ne sont plus de simples forces, ou des concepts (de vie et de mort), mais de simples créatures étranges qui lancent des rayons d'énergie inintelligible. 

Une ultime petite étincelle de rationalité s'allume lorsqu'on explique que le Lanterne Noir est une figure paradoxale, puisqu'il donne la vie aux mort. Il est donc tout aussi "blanc" que le Lanterne Blanc, qui lui au contraire, veut tuer ce mort nécromancien qui redonne la vie... une étincelle de rationalité, avons-nous dit, parce qu'il est convenu que tout ça compte finalement assez peu. De l'ultime ennemi, il sera fait finalement peu de cas, tout comme de l'ultime rebondissement (sans dévoiler la fin, on peut juste en dire qu'elle est soit très décevante, soit très étonnante – dans tous les cas, elle n'est pas habituelle, tant elle systématise le procédé qu'elle voulait dénoncer). Les comics s'arrêtent à un certain stade de leur fonction métaphysique. D'une certaine façon, ce qui triomphe à la fin du cross-over est le pur et simple chaos. Loin d'une simplification de la ligne narrative, le scénario en a soudain ouvert des tonnes. Loin d'un affrontement entre puissances mystiques antagonistes, chacune des forces s'est consumée sous l'effet de sa propre contradiction.

 

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source

 

5. Un bouffon !

Mais l'arme ultime des cross-over est plus étonnante. Les bons cross-overs, inaugurés par les Guerres secrètes, font toujours apparaître comme central un personnage qui n'est rien d'autre qu'un bouffon. L'homme-molécule dans Guerres Secrètes : l'ami du Beyonder qui va chez le psy, et qui vit dans l'ombre de sa grande épouse brune. Et ici : William Hand, l'homme par qui tout a commencé – super-vilain pathétique, incapable de menacer réellement Hal Jordan par le passé. La machine scénaristique du cross-over ne pourra fonctionner vraiment que lorsqu'elle se laissera gripper par la petite brindille, et que le dysfonctionnement consécutif ne fera que mieux montrer l'implacable logique de l'enchaînement des événements. Amadeus Cho, le petit génie humaine joue ce rôle dans Chaos War (ou World War Hulk) et Miek tient parfaitement le rôle du traître et du bouffon dans World War Hulk. La tentative de toute construction d'une ligne narrative définitive ne pouvait qu'échouer pour produire du suspense. Et au milieu de toute cette assemblée de super-héros, ce sont toujours les bouffons qui auront le dernier mot.

 

Par R.
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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 23:10

Une petite douceur avant Noël vient de tomber après trois jours de teasing intense sur le site Apple Movie trailer : la bande annonce du dernier Ridley Scott.

 

 

Autant dire qu'au premier coup d'oeil rien n'est bien clair... Pourtant, il est difficile de ne pas  frémir devant une courte apparition qui vient éclairer singulièrement une histoire dont on ne devait rien savoir  à en juger le synopsis brumeux qui nous a été servi :

 

Une équipe de scientifiques cherchent à dépasser leurs limites mentales et physiques et tentent d'explorer ce qu'il y a au delà du possible. Ils vont être amenés à découvrir un monde qu'ils n'auraient jamais imaginé. Un monde où leur seront apportées des réponses aux questions les plus profondes. Un monde où le mystère ultime de l'existence peut enfin être percé.

 

En effet, la bande annonce nous livre ce précieux indice :

 

 prometheus alien

Oh mon Dieu... Mais c'est... 

 

alien1-derelict

Le doute n'est pas permis - source

 

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Décor d'Alien 1 - source.

 

Nous sommes donc bien dans l'univers d'Alien et plus précisément dans le cockpit d'un vaisseau semblable à celui (Le Derelict) que l'on rencontre dans le premier opus sur la planète LV-426. Le film nous amènera donc à rencontrer les Mala'kaks (plus connu sous le nom de "Space Jockey") et nous permettra peut-être de percer enfin le mystère de l'origine des Aliens : sont-ils une espèce à part entière ou une arme biomécanique créée par ces extraterrestres dont ils auraient perdu le contrôle (comme peut le suggérer le message de détresse envoyé par le Derelict) ? Tous ces éléments feront peut-être de Prometheus non pas le Alien 5 tant attendu mais tout simplement le 0 ou la préquelle que nul ne voyait venir.

 

Pour patienter d'ici le 30 mai 2012, voici les dessins préparatoires de H. R. Giger qui avaient servi à concevoir le premier Mala'kaks :

 

space-jockey in cockpit production art


 

giger alien derelict cockpit

H.R. Giger - source.

 

 

Prometheus-poster-Ridley-Scot

sortie le 30 mai 2012. 

 

M.A.J : La deuxième bance annonce où tout devient plus explicite :

 

Par U.
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 02:02

 

Crossover_Secret_Wars_II_Vol_1_8.jpg

source.

 

Umberto Eco a écrit sur Superman un superbe petit article, Le Mythe de Superman, qui aurait dû faire trembler toutes les maisons d'éditions de comics. En analysant le mode de narration de Superman, et son univers, le sémiologue en conclut que Superman appartient à une forme spécifique de narration : Superman est une fable. Or – et c'est là que le sol se met à trembler –, l'univers de la fable est celui d'une éternelle répétition. Les comics sont condamnés à répéter éternellement les mêmes leçons de morale, à produire les mêmes monstres et à les éliminer par les mêmes héros. Toutes les prétentions des comics, et notamment de la maison Marvel, à coller à la réalité, à être en avant-garde sur les questions d'identité et de discrimination tombent alors à l'eau, puisque... par définition une fable ne progresse jamais. Tout se répète dans une fable. La dernière question d'Eco est alors terrible : "une fable pourrait-elle altérer l'ordre de l'univers ?" Sa réponse implicite est évidemment non : l'univers progresse, la fable ne fait que déplier des possibles sans jamais en choisir un.

Si vous le voulez bien, complaisons-nous encore un instant dans le bain moussant des concepts. Il n'y a pas de développement linéaire mais un développement réticulaire de mondes possibles, où chaque nouvelle aventure de Superman, plutôt que de modifier le personnage, fait l'objet d'un traitement séparé dans un monde possible qui n'affecte jamais réellement le héros. A plusieurs reprises, Marvel ou DC ont donné des signes très nets d'écriture en forme de fables : 

1) Les héros ne vieillissent pas.

2) S'ils meurent ils ressuscitent très régulièrement. 

3) Les deux maisons d'édition ont adopté une option métaphysique "pluridimensionnelle" pour décrire la réalité (il n'existe pas un mais plusieurs univers, y compris emboîtés, ou totalement séparés). 

4) D'un point de vue éditorial, les héros possèdent plusieurs séries qui n'ont aucun rapport entre elles. 

5) La continuité globale est régulièrement malmenée. 

6) Dernièrement, le gigantesque reboot de DC (all new 52's) ou la version Ultimate de Marvel ne font que confirmer que les comics préfèrent le réseau de possibles à un temps linéaire.

 

 

Crossover_Crisis-on-Infinite-Earths-dc-comics-251197_1024_7.jpg

source.

 

Mais si tous ces signes donnent abstraitement raison à Eco, qui cite l'exemple de la cinquième dimension où Superman affronte le gnome Mxyptlk, il y a eu un mode de narration nouveau qu'Eco n'a pas pu goûter : le cross-over. 

Le premier grand cross-over de Marvel, les Secret Wars, a été publié en 1984, soit huit ans après l'article d'Eco. Il s'agit avant tout de produire un événement si énorme qu'il affecte tout l'univers éditorial. Les cross-over servent aussi à "nettoyer" la continuité narrative des aberrations éditoriales (notamment dues à l'apparition des plurivers), à la reconfiguration des équipes, à construire des monuments en mémoire des héros trépassés au combat, et faire son deuil des personnages trop secondaires pour en faire des histoires (récemment : Diablo, X-man historique, zigouillé lors du cycle Utopia, et également le super-héros préféré de mon adolescence). Pour un fan, le cross-over est l'occasion de frémir devant des tonnes de couvertures génocidaires, représentant la mort massive d'équipes de super-héros, piétinées par un super-vilain particulièrement en forme, qui sort de la salle de gym, galvanisé par la présence d'un ciel sombre et orageux dans le lointain. Bref, le cross-over est la révélation soudaine de la mortalité des héros, et consécutivement, l'espoir d'une progression ou d'une évolution. Et pour les plus fous de métaphores graphiques, c'est le délice d'une multiplication des représentations abstraites du pouvoir divin, (feu, lumière, Kirby crackle, etc...). 

 

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L'objectif est alors de reconfigurer tout un univers, comme après une guerre mondiale. Le cross-over est l'événement catastrophe qui scande le temps, et définit une évolution. Mais si l'enjeu commercial est important (le premier cross-over est né de la stratégie marketing, avancée par Mattel, de lancer une série de figurines de super-héros masculins), l'enjeu narratif a très vite dépassé l'aspect commercial (oui, je suis à ce point naïf). Autrement dit, Eco avait raison au sujet des comics... jusqu'à l'apparition de cross-over. Les cross-over modifient massivement la continuité, mais ils ont une autre vertu, ils modifient le sens même de la narration par fables. Ils en modifient les règles.

 

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Crisis on Infinite Earths.

source.

 

Après tout, les cross-over pourraient se contenter d'avoir de vrais super vilains pour rassembler assez de super-héros superstars à leurs trousses. Il y a eu par exemple l'Anti-monitor, chez DC, à l'origine de Crisis On Infinite Earths, qui a été le prétexte à une réduction de tous les mondes parallèles en un seul univers. Encore récemment chez DC, c'est Darkseid, le super méchant numéro 1 et ennemi de Superman, qui a (re-)fait trembler tout l'univers DC. 

Mais tous ces super-ennemis peuvent encore s'opposer aux héros, par-delà le Bien et le Mal... Le manège de la dialectique se déploie alors avec tout le clinquant d'une droite décomplexée sur le tapis rouge du Fouquet's. Les super-héros et super-vilains font les malins mais soudain, par l'arrivée d'une super-puissance, tous sont renvoyés alors à leur statut de poupées défendant mécaniquement le Bien ou le Mal. Et déferle alors sur eux une gigantesque force extra-morale : le Chaos, l'Evolution, la Vie, les Dieux, la Mort, des juges cosmiques, le pouvoir... etc. etc. Ces ennemis sont les plus intéressants (et généralement une spécialité Marvel).

 

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Le Beyonder des Guerres Secrètes était par exemple une super force cosmique, qui avait de quoi tuer toute une bande de super héros de seconde zone avec un simple rayon de lumière – normal ! c'est un rayon de lumière (comme si du monde chrétien, on opérait une réversibilité accidentelle vers la mythologie gnostique et zoroastrienne). Mais cette force est d'une innocence presque totale, il en devient un personnage comique. L'utilisation de sa force est semblable à celle un petit garçon qui tape sur les autres pour simplement la mesurer. Il cause autant de bien que de mal, et ne cherche qu'à s'éprouver soi-même jusque dans une scène finale presque absurde, indessinable de toute façon, mais philosophiquement géniale où cette force cosmique tente d'expérimenter sa propre finitude, en se donnant la mort pour mieux se redonner naissance. Quand j'étais gamin, ces images m'avaient plus fasciné que le bouquin de maladies que ma mère laissait traîner sur les étagères. Ce premier cross-over est une petite merveille de laquelle il y aurait beaucoup à dire – tellement de facettes sur ce diamant ! Mais l'idée des premier cross-over est de liquider l'écriture en fables, tuer le multivers ! Puisque par définition, ils servent à rétablir une continuité simple et linéaire.

 

Crossover_beyondersw19.jpg

 

Une autre idée a également été développée (très indirectement) et qui peut être utilisée pour nuancer l'article d'Eco. Le sémiologue parle de fable parce que les scénarii font avant tout la promotion d'un civisme bon teint, sans risque. Ce n'est déjà pas le cas en raison de ce qu'on a dit plus haut, mais surtout, la reconfiguration du monde s'opère désormais dans les deux sens. Récemment, DC a produit un cross-over où on promettait que tous les super-vilains gagneraient : Final Crisis. Marvel également a introduit plus durablement une modification de son univers avec son Dark Reign en remplaçant chaque équipe classique de super héros par une équipe de super-vilains, le tout coordonné par l'ennemi ultime de Spiderman, à savoir le Bouffon Vert. Par exemple, Serval a été remplacé par son fils criminel, Oeil de Faucon a été remplacé par Bullseye (Le Tireur), Hercule a été remplacé par Arès, Venom a remplacé Spiderman, et Norman Osbourne himself a enfilé le costume d'Iron Man. C'était la revanche des doubles maléfiques sur les originaux bienfaisants. 

 

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Ce Dark Reign avait plus qu'un aspect ludique ou un parfum de perversité. Les équipes recomposées de super-vilains devenaient malgré tout assez efficientes en matière de sécurité pour pouvoir perdurer. Venom ne mangeait pas les enfants qu'il venait de sauver d'un immeuble en feu, et Norman Osborn, le monstrueux ennemi de Spiderman, mélange de Dr. Jekyll et Mr Hyde et de Dr Frankenstein, a pris l'apparence d'un fin politicien, capable de se rendre utile, et surtout capable de canaliser tous les vices supposés des super-vilains. Le Dark Reign était le moment  machiavélien de Marvel.

Par R.
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Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 01:38

 

HIMYM robin

Le célibat, une maladie qui touche tout le monde...

Et son remède le plus célèbre : la bouteille de rouge qu'on se siffle sous le bureau.

source.

 

La saison 7 de How I met your mother connaît, comme beaucoup de séries à ce niveau de diffusion, une certaine baisse de régime. Il est difficile d'évaluer globalement une saison. On peut se souvenir d'un final, d'un bon début de saison... Mais dans le cas de HIMYM saison 7, on peut au moins dire qu'on est fatigués d'attendre la révélation, d'attendre de découvrir qui sera la future femme de Ted Mosby. Même Lost a su éteindre notre enthousiasme une saison plus tôt. C'est en soi un miracle qu'on reste aussi longtemps branché sur une sitcom, avec si peu de personnages. Mais il suffit parfois d'un épisode pour relancer l'enthousiasme : l'épisode 3 de la saison 7, qu'on peut assez vite repérer comme un classique de la série (parce qu'il en résume très bien les codes, et parce qu'il est explicatif de tout le fonctionnement de la série).

A l'origine de tout ça, il y a d'abord eu le souci des scénaristes de très vite gonfler le casting. Les personnages initiaux sont au nombre de cinq : Ted, Marshall, Lily, Barney et Robin. Et jusqu'à présent... aucun autre personnage secondaire ne venait troubler les schémas comportementaux établis. Il y a eu une timide tentative, avec la dernière petite amie de Ted, Zoey, qui s'est terminée précipitamment, en déportant l'action ailleurs que sur le groupe. 

 

HIMYM robin ted

Couple dysfonctionnel numéro 1. Ted et Robin. source.

 

Mais cette fois-ci, deux nouveaux personnages sont arrivés, chacun justifié par une relation amoureuse avec l'un des membres du groupe : Robin a trouvé l'amour avec son psy Kevin, et Barney a rencontré Nora. La rapidité de leur attachement a de quoi surprendre quand on sait que Robin et Barney étaient supposés être les deux personnages sentimentalement les plus dysfonctionnels, et que la mise à l'épreuve des couples se produit généralement sur plusieurs saisons. La saison 7 risque de n'être que l'avant-dernière saison de HIMYM, mais il y a de toute évidence un petit vent d'urgence qui souffle sur le show.

Autant dire qu'on peut maintenant supposer que les scénaristes penchent sur un bouclage de la série, et avancer une hypothèse sur la fin de la série elle-même. Du moins, une idée de fin a-t-elle été avancée par un personnage de la série elle-même. Au cours de l'épisode 3 de la saison 7, Ted rencontre une ex, Victoria (dernier personnage féminin sur lequel portait la suspicion d'être la fameuse future épouse de Ted Mosby). Tout un jeu s'engage, d'auto-prophéties étranges. Chacun des personnages veut en effet s'expliquer la rencontre de son ex comme un signe. La conversation démarre étrangement, à la Matrix : 

"Victoria, tu crois au destin ? 

– Je crois que tu vas me faire un grand discours sur le destin. 

– Et tu as raison...."

Bataille d'interprétation, donc. Mieux qu'une dispute d'herméneutes allemands rencontrant des phénoménologues français pendant un colloque de philosophie analytique. Ted voit dans cette rencontre d'abord le signe d'une faute à racheter (puisqu'il avait trompé Victoria tandis qu'elle était en voyage d'études en Allemagne), puis il y voit finalement le signe d'un amour perdu à reconquérir. Victoria voit dans le changement d'interprétation de Ted (et ses avances renouvelées) l'occasion d'éprouver son amour actuel pour l'Allemand qu'elle a rencontré puis aimé. Comme souvent, l'amour à l'américaine est une série de signes à décoder, interpréter, et vérifier – chaque vérification engendrant de nouveaux signes à interpréter...

 

HIMYM barney-and-robin-how-i-met-your-mother

Couple dysfonctionnel numéro 2. Barney et Robin. source.

 

La construction de l'épisode présente l'histoire d'amour de Ted comme une sous-intrigue d'un repas dans un restaurant japonais, où Barney complote pour enfin réussir à voir les seins de Lily. Pendant que Ted débat intérieurement du sens de cette rencontre (et que Robin corrige les flashbacks de Ted), Barney, Lily et Marshall s'évertuent à savoir qui manipule qui. Autrement dit, malgré les sous-intrigues et les flash-backs ou la construction polyphonique de l'épisode, tout le monde entre en résonance jusqu'à la résolution finale de l'épisode, inattendue et paradoxale. Pour ne pas être contrainte de montrer ses seins à Barney suite à un pari idiot, Lily remonte précipitamment son sweat-shirt et fait rater à Barney l'ultime mouvement qui allait lui assurer le gain de son pari... Arrive donc ce qui devait arriver, mais à la suite d'une décision si libre et si imprévisible que le destin lui-même en est trompé.

Le contexte philosophique de l'épisode est ainsi posé : on sait que Ted va rencontrer sa femme bientôt, mais à la suite d'une décision neuve. La liberté consiste donc à savoir pourquoi on fait ce qu'on devait faire, et non à le faire ou non (comme dans Matrix, again). Et justement, ce que Victoria glisse à la fin de sa rencontre avec Ted est décisif, car ce sera son avertissement (redoublé quelques épisodes plus tard par celui de Kevin) qui rend possible d'envisager ce que sera cette décision neuve : Ted va devoir se séparer de ses amis pour vivre le grand amour

Les relations étranges qu'on nouées Ted et Robin (ex, amis et colocataires), où Barney et Robin (également ex et amis) ne laissent aucune place à une nouvelle relation amoureuse, à moins de couper durablement avec eux. Kevin, le psy, fait le même diagnostic au sujet de Robin, qui supporte mal de rester seulement amie avec Barney, son ex. Tout comme le final de la saison 6 (la destruction de l'immeuble que Ted avait passé son temps à portéger), cet épisode semble annoncer une sorte de vérité tragique : pour parachever le sens de l'amitié entre chaque personnage (et parvenir à l'amour), il faut finalement sacrifier cette amitié elle-même. Le déroulement de la série est alors une expérience même d'un doute : et s'il ne fallait pas justement arrêter de regarder HIMYM pour commencer à vivre... à moins que la seule chose bonne soit finalement cette interminable propédeutique à la vraie vie amoureuse qu'est l'amitié – sexuellement ambiguë ?

 

 


 

(et si vous avez l'impression que tout ça est écrit par un trentenaire inquiet du statut qu'on peut légitimement accorder au sex-friend, buddy fucking, et autre fuck friend... vous avez absolument raison)

 

Par R.
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