Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /Mai /2009 20:28
Que lit-on ? Qu’on voudrait « mettre un billet » sur la tête d’Eric Zemmour ? Il aurait scandalisé les rappeurs, et Youssoupha en particulier, par ses propos récurrents sur la banlieue. Si on essaie de démêler rapidement la polémique :
 
(1) Répondre à l’amalgame par une chanson contre tous les amalgames est en soi une contradiction. Pour le coup, notre rappeur choisit la moins bonne des stratégies. Il y dénonce un peu tout le monde (Dieudonné, le dirty south, les colons juifs, les médias, la police, Sarkozy…). Ce qui évite de prendre le temps pour un peu de complexité. Le remède devient la maladie.

Passons, (2) Youssoupha a des textes nettement au-dessus de la moyenne (un vers que tous les journalistes devraient s’arracher pour leurs papiers sur Obama : « on ne changera pas le monde en un week-end avec des « yes we can »). Et sa réponse dans Le Monde est parfaite, et invite à replacer toute cette affaire dans un débat d’idée. 
 

source


 (3) A l’inverse de ceux qui trouvent malhonnête M. Zemmour, et mensonger aussi et grossier, et surmédiatisé, nous avons pour notre part, plutôt de la sympathie pour sa franchise. Ils se font rares aujourd’hui ceux qui peuvent se faire huer par un public de télé entier (nourri à l’« applause » clignotante, élevé pour l’endurance de six heures de plateau, et enragé de spontanéité) et continuer malgré tout de débiter coûte que coûte des blocs de théories politiques entiers (dont nous ne débattrons pas ici de la validité). Si Eric Zemmour est bien masochiste, ce n’est pas un de ces candidats à l’anti-buzz, que nous refourguent les émissions de télé-réalité à la pelle, narcissiques et ne carburant qu’à la médiocrité. C’en est un authentique, souffrant pour la cause, se ridiculisant sans honte pour ses idées. 

(4) Mais surtout, voilà notre argument final. On veut dire aux détracteurs d’Eric Zemmour : « ne tirez pas sur lui, ne tirez pas sur le soldat Zemmour, il est le meilleur partisan de votre cause ! » Son machisme, il l’assume, il le défend. L’étendard de la cause des vrais mecs à petite moustaches de blaireaux, il le porte pour vous. Lui non plus n’a pas de grande sympathie pour les « tafioles ». Ces sauvages de féministes qui prônent la féminisation des mœurs rudes et ascétiques des vrais garçons, il les combat en ricanant, pour vous !... Quoi ? Vous auriez aimé être défendu par une brute blonde en Dolce & Gabbana, par un surfeur aryen qui passerait mieux à la télé française ? Mais c’est bien mieux, un Eric Zemmour ! C’est avoir avec soi la victime idéale de son ennemi idéal : l’homme blessé et fragile, rapetissé par l’ogresse soixante-huitarde inconséquente et désastreuse, mais luttant avec des mots que les vrais mâles dominants pourront réutiliser un jour, quand ils ne parviendront plus à seulement soumettre. Big up pour lui ?!




source


Méthode ultime contre toute fausse polémique, combo mortel contre tout faux problème : montrer que les deux adversaires, par delà une opposition superficielle font fond sur un même préjugé commun. Bergson a enseigné l’art ninja de pulvérisation des faux problèmes. Dès qu’on peut montrer ce préjugé initial, résidant souvent dans des mots bien trop larges, vagues et confus (bref les amalgames si vertement dénoncés par Youssoupha), toute la polémique est réduite à un débat de mots et n’a plus lieu d’être. Chroniqueur et rappeur, tous deux homo loquax, au lieu d’échanger des mots tout faits, « banlieues », « français », « jeunes », « tafioles », devraient commencer à les affiner, à en créer d’aussi précis que la réalité elle-même. Et notamment parce que le rappeur comme le chroniqueur sont aussi intelligents l’un que l’autre. Car au fond de cette empoignade, il y a une vision commune du monde, qui ne se fait plus guère mettre en question de nos jours. Pour que deux adversaires se trouvent, il leur faut un terrain commun, et malheureusement c’est déjà le signe que la pensée qui s’y déploie n’est plus la leur, mais celle même du territoire où il s’affronte.


 
 
source


 

      Ecoutons Bergson, le grand scarabée en chef, qui à sa propre époque se faisait traiter d’efféminé » par ses camarades, et plus tard, bien sûr, de « juif ». « Philosopher pour de bon consisterait ici à créer la position du problème et à créer la solution. [...] J'appelle donc amateur celui qui choisit entre des solutions toutes faites, comme on choisit le parti politique où l'on se fera inscrire. Et j'appelle philosophe celui qui crée la solution, alors nécessairement unique, du problème qu'il a posé à nouveau par cela même qu'il fait un effort pour le résoudre. » (Bergson, lettre de décembre 1935). On attend encore impatiemment ces philosophes qui créeront un nouveau problème qui nous conduit au-delà de ces stériles affrontements de mots. Quant à nous, modestes freakosophes, nous ne pouvons en attendant que les renvoyer à leurs préjugés communs et superficiels, tellement évidents.

Bien sûr, nous réfuter est simple : que les rappeurs admettent qu’ils ne sont pas de bons gros machos comme notre bon petit chroniqueur. Qu’ils donnent un signe concret d’absence de haine envers les gays et les lesbiennes. Qu’ils nous inspirent, qu’ils nous donnent envie d’aimer, par delà les différences de classes et de sexes.  


Le moment idéal de télévision d’un samedi soir gâché : voir Eric Zemmour et tous les rappeurs français s’expliquer ensemble, en face à face, yeux dans les yeux – amoureux, ou gênés de tant de connivence – pourquoi les femmes sont toutes d’horribles salopes, manipulatrices et superficielles, pourquoi ces hommes efféminés sont en train d’éteindre la race humaine, pourquoi il n’y a rien de plus vrai que de dire qu’elles n’en veulent qu’à notre argent, pourquoi enfin tous les vrais mecs devraient se tenir main dans la main et marcher sur un arc-en-ciel vers le soleil couchant ?  

    
      source



Je fais un amalgame sciemment car l’amalgame a du bon : il est très facile à réfuter. Il est  même plus, il est une invitation à être réfuté. On crie « montrez-nous qu’on a tort si c’est aussi évident ! » On ne peut pas condamner à l’avance les amalgames, ils sont très utiles, et ils sont une vraie marque d’amour et d’ouverture ! puisqu’on donne clairement les conditions d’après lesquelles on est prêt à changer d’avis. Eric Zemmour le sait, je le sais, les policiers le savent, les banlieusards le savent, tous se crient « montrez-nous qu’on a tort de se méfier de vous ! » 
 

Love, love, love.


 

 

Par R.
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Freakosophez - vous ! Flux RSS

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés