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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 18:28

 

Detective_colan.jpg

What happened to you, Batman ? - Detective Comics 517.

Il semblerait que la mort rôde cet été dans l'univers des comics puisque ce sont les créateurs autant que leurs créatures qui tombent de toute part. Ce mois n'est pas seulement frappé par la mort dans un univers parallèle de Spiderman, elle met aussi en avant celle bien plus réelle de Gene Colan (1926 - 2011), dessinateur renommé de l'âge d'or des comics qui officia pour Batman en mettant en valeur un point évident mais étrangement assez peu exploité du personnage : son devenir vampire.

 

C'est dans un arc célèbre (Batman 350-351 + Detective Comics 517) que Colan illustre une idée qui colle au personnage et qui peut être pensée comme le destin naturel de son symbole/étendard : la chauve-souris. Dans cette prudence à ne jamais le faire trop évoluer vers cet aspect le plus sombre de son personnage, on retrouve un dilemme profond qui structure le personnage mais qui se pose avant tout à ses créateurs. Quelle dose d'obscurité peut supporter un héros grand public ? En prenant la chauve-souris plutôt que le lion ou l'aigle, Bruce Wayne annonce clairement la couleur (ou plutôt l'absence de couleur): il triomphera par la peur dans l'obscurité. C'est donc tout en négatif que se construit le personnage.

 

colan

L'arc phare de Gene Colan

 

Colan sera donc le révélateur d'un aspect évident mais sous-exploité du personnage qui ne se prolongera que dans une série étrange qui prend ses distances avec la chronologie officielle du héros de Gotham et le place ainsi dans un univers alternatif bien pratique nommé par DC : Elseworlds.

 

La "vampire trilogy" de Doug Moench et Kelley Jones (1) regroupe donc une mini série composée en trois parties : Red Rain (publié en 1991), Bloodstorm (1994) et Crimson Mist (1998).

 

Batman_vampire_couv.jpg

Il aura fallu un univers parallèle pour comprendre vraiment qui est le Batman.

 

Red Rain reste l'épisode le plus intéressant puisqu'il met en scène de façon littérale le combat du personnage contre le propre mal qui le ronge et qui coule au sens propre dans ses veines. Ici, la thématique d'un mal pour un bien est reprise de façon nette puisque Tanya, un vampire dissident qui cherche à détruire Dracula, s'adjoint l'aide du Batman dont les capacités ont été décuplées par une morsure : il fallait s'abandonner à la contamination du mal pour obtenir les forces nécessaires pour faire face à Dracula et à sa horde. Cette propension à suivre la devise machiavélienne : "Il faut savoir entrer au mal" est un trait phare de la psychologie de Batman mais aussi sa limite car ce dépassement ne se fait qu'au prix d'un coup psychique toujours exorbitant pour Bruce Wayne qui multiplie les crises de conscience voire d'identité. Cet épisode le comprend bien et marque un retour presque impossible vers son alter ego humain. Pour se débarrasser de la meute de vampires, Batman les fait conduire dans la Batcave (représentant de façon caricaturale la partie la plus sombre de sa psyché comme nous l'avons déjà démontré ici) et fait sauter le manoir des Wayne la mettant à jour et provoquant ainsi la destruction des créatures. La symbolique est nette : en détruisant le manoir des ses ancêtres, ce sont les derniers liens qui le retenaient à son humanité qui disparaissent. L'épisode s'achève donc sur Alfred lisant les dernières volontés de Wayne face à un Batman devenu dans cet ultime combat face à Dracula une figure immortelle. Son humanité n'est plus qu'un souvenir et cette immortalité consacrera à l'infini les côtés les plus sombres du personnage. C'est précisément le rôle du dernier opus de la saga - Crimson Mist - de nous montrer les agissements réels d'un Batman qui a perdu les limites chères à son humanité. A la fin de Bloodstorm, Batman draine le sang du Joker jusqu'à la dernière goutte et sombre dans une folie meurtrière qui pousse l'inspecteur Gordon et Alfred à le poignarder. Mais en oubliant de le décapiter ils provoquent alors le dernier opus où l'on observe avec effroi un Batman qui tue un à un tous ses anciens adversaires en aspirant leur sang puis en les décapitant les uns à la suite des autres. Cette vampirisation du mal par le mal qui agit alors sur le modèle de la contagion est intéressant car il montre bien qu'au fur et à mesure de sa lutte, Batman assimile au sens propre ses adversaires et leur folie le menant nécessairement vers un destin tragique. Le meurtre de ses parents dans l'univers courant de DC agit bien comme la morsure d'un vampire et le pousse à la transformation. Le devenir vampire du héros concrétisé dans cette série initiée par le génie de G. Colan n'est que la métaphore poussée à l'extrême de ce qu'est réellement le Batman : un héros condamné, rongé par la nostalgie d'un bien qui n'a plus de place dans le monde qui l'a vu naître.

 

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Hanté par sa soif de sang, Bruce oublie peu à peu qui il est vraiment... - source.

 

 

Batman, encore et toujours :

 

Batman : Et in Arkham ego.

Batman: héros hégélien de la refondation.

Batman : le tueur était aristotélicien.

Batman et Jacob : chevaliers de la démesure.

 

Batman est-il un super héros ? 1, 2, 3, par R.

 

(1) : Il existe une édition complète de l'arc sous le nom de Batman : Vampire publiée chez DC Comics en 2007.

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