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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 21:25

 

Les jeux vidéo sont-ils (ou seront-ils) un jour de l’art ? La première réponse qui sort en soirée se formule au futur : bien qu’actuellement aucun jeu ne puisse prétendre être la prochaine Mona Lisa numérique, les jeux vidéo vont tellement progresser dans le futur, et faire de si belles images, avoir de si interminables histoires à tiroirs, déclencher de si gigantesques vagues d’émotions, mettre en scène un nombre tellement astronomique de personnages… bref, démultiplier tellement toutes les possibilités des autres arts qu’il n’est pas invraisemblable de dire qu’ils vont rendre obsolètes tous les arts précédents : cinéma, musique, sexting (le mec qui parlait était bourré). Une journée de sobriété plus tard, la réponse est tranchée.

 

 

pacman

 

 

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commentaires

Gillourd 10/05/2010 11:37


Bonjour.
Lors de votre definition de ludique et son rapprochement avec le cinema, j ai plutot pense qu un jeu n avait pas besoin de visuel et de cinematique pour qu on rentre dedans.
Je me suis bien amuse sur des jeux a premiere vu lentissimes comme Civilization.
Je me rejouissais de refaire le monde.
Je comparerais donc ca a un autre art: l ecriture et la possiblite de sortir de soit par la pensee grace a un support.


Pierre Henry 01/05/2010 20:37


"Par contemplation, j'entends plus que voir des choses belles se passer à l'écran. Dès lors qu'il y a jeu, il y a intérêt (intérêt de gagner la partie, ou, oui, à propos de "shadow of colossus"...
intérêt de simplement voir de nouveaux paysages, découvrir les géants, etc.). Mais la contemplation me semble d'une façon ou d'une autre, réelle ou non, la mise à distance de ces intérêts, pour
s'abîmer uniquement dans l'acte de voir. "

Dire ça de Shadow of the colossus, c'est un peu ne pas l'avoir compris (au même titre d'ico ou d'autres). Quand je parle de contemplation, je ne parle évidemment pas du fait d'admirer les pixels à
l'écran aussi beaux soit-ils mais de ressentir au même titre qu'un Tarkovsky le monde et plus précisément la beauté du monde. Suffit juste de laisser un peu son cynisme au placard. Et c'est là que
le terme "Art" peut à mon avis se valoir

Et quand je parle d'évolution du jeu video, c'est pas dans le fait avec le temps d'en évacuer son essence (le plaisir de "jouer"), mais dans la manière de concevoir le jeu différemment et surtout
de concevoir une autre façon de jouer. On ne fait plus des jeux comme il y a 20 ans, comme on ne conçoit plus des films comme il y a 30 ans (et c'est pas forcément en rapport avec la technologie,
même si la technologie permet surtout concernant le jeu video de pousser les limites du média notamment dans le domaine de la création)

Et faux aujourd'hui avec certains jeux on ne joue plus forcément pour gagner (voir à ce titre Heavy Rain, grand jeu conceptuel ou la notion de mort peut intervenir mais le jeu continue quand même).
Contrairement à autrefois, le joueur peut ressentir une véritable identification à son avatar (comme au cinéma). Comme le dit le directeur du musée, certains créateurs aujourd'hui peuvent jouer
avec les émotions du joueur et surtout d'en créer sans que ce soit artificiel. la mise en scène est devenue primordiale, le jeu peut mettre en scène des histoires aussi fortes que le cinéma, tout
comme des réflexions et faire ressentir des choses indicibles.

Ce que je veux dire dans tout ça, c'est que le jeu peut procurer au même titre que le cinéma, la musique, la littérature, la peinture le même genre d'émotion, d'émerveillement et de réflexion. Un
jeu peut valoir un bon livre, comme un bon film ou un bon album dans ce qu'il propose en creux.
C'est pour ça que je suis contre le fait de hiérarchiser la culture (ça peut se valoir aussi pour les mangas, les comics, tout ce qui est un peu considéré comme de la sous culture pas forcément
très apprécié des élites).
Et le directeur de musée n'a pas tort, le cinéma à ses débuts était plus considéré comme une attraction foraine, plutôt qu'un art. Le jeu peut prendre le même chemin.

Après je suis peut-être un peu progressiste, mais toi un peu réac par contre =)


Pierre Henry 30/04/2010 15:01


"Mais on est loin du jeu vidéo, où le but reste de gagner, et non de seulement contempler. "

Caricature du jeu video qui a justement beaucoup évoluer avec le temps pour atteindre parfois justement une forme d'art de la contemplation. Voir par exemple des jeux comme Flowers, Braid, Okami,
Ico ou encore Shadow of the colossus où la contemplation est bien plus importante que le simple plaisir ludique de "jouer".
L'art n'est pas simplement qu'une histoire d'interactivité mais aussi de vision du monde, de miroir du réel, de création et évidemment d'émotions.

Certains jeux dépassent le simple cadre de ne "jouer" que pour gagner, mais pousse souvent à la réflexion et à l'intériorisation. Il y a beaucoup d'oeuvres videoludiques artistiquement abouties et
oui profondes.

Je pense qu'il est temps aujourd'hui d'arrêter de hiérarchiser la culture, la question n'est pas de savoir si le jeu video est devenu un art ou pas (au fond tout est relatif), mais de prendre
conscience que le jeu video a pris une grande part importante dans ce que j'appelle moi "la culture de masse" au même titre que le cinéma, la musique ou la littérature.


R. 01/05/2010 09:19



Votre premier argument me semble typique. Vous évoquez une évolution du jeu vidéo. Mais l'évolution du média jeu vidéo n'apporte aucune
solution au problème. C'est à la limite une pure question conceptuelle : si le jeu vidéo évolue au point que le jeu vidéo ne ressemble plus au jeu vidéo, alors on ne parle plus de jeu vidéo, et
donc on ne parle plus d'évolution du jeu vidéo. 


Encore une fois, ce raisonnement progressiste me semble assez biaisé, car le jeu vidéo dépend vraiment d'une évolution technologique. Et comme on voit la technologie changer, on pense que le jeu
lui-même changera. Mais s'il y avait art dans le jeu vidéo, n'aurions-nous pas dû le voir dès le début ? Dès le premier niveau de Mario Bros ?


C'est le même type de raisonnement que produit le commissaire du nouveau musée des jeux vidéos, Jean Philippe Alba, qui finit par souhaiter dans une interview que le jeu soit enfin "reconnu comme
un art à part entière dans les années à venir". Le "musée" du jeu vidéo fonctionne comme une sorte de prophétie auto-réalisatrice, qui consacrerait donc par avance un art "à venir"...


http://www.wat.tv/video/interview-jean-philippe-alba-2m8zv_22tud_.html
Par contemplation, j'entends plus que voir des choses belles se passer à l'écran. Dès lors qu'il y a jeu, il y a intérêt (intérêt de gagner la partie, ou, oui, à propos de "shadow of
colossus"... intérêt de simplement voir de nouveaux paysages, découvrir les géants, etc.). Mais la contemplation me semble d'une façon ou d'une autre, réelle ou non, la mise à distance de ces
intérêts, pour s'abîmer uniquement dans l'acte de voir. 

Ce que vous décrivez dans des jeux comme Flowers et les autres, c'est un processus certes plus ambulatoire que ludique : on se déplace dans un univers, on découvre de nouveaux paysages. Et ça
pourrait ressembler à seulement voir un tableau, bouts par bouts, détails par détails. Mais dans ce cas, ce n'est plus un jeu. C'est une sorte de dispositif vidéo interactif, si on veut, et il
doit être jugé en tant que dispositif vidéo (et Flowers en terme d'esthétique ambulatoire ne tient pas le choc face à des plans comme ceux de Jarmush de Stranger than Paradise). 


Pourtant, même les plus minimalistes de tous les jeux proposent de gagner (et j'en ai quelques uns qui ont de vraies propriétés relaxantes). La vraie question est : sans ce gain possible, sans
cette promesse d'un autre niveau, joueriez-nous ? Pour ma part, je peux répondre que non. Alors que c'est précisément parce que je ne joue pas, et qu'il n'y a pas d'interactivité que je veux voir
un film, lire un livre. Si on me propose de réécrire la fin de Mme Bovary, le livre perd tout son intérêt. 


Le dernier point sur lequel je peux être tenté de répondre est l'opposition que vous critiquez entre culture de masse et culture savante. Une chose est d'aimer la culture de masse comme la
culture savante, une autre est de dire qu'au nom de mon plaisir supposé égale, il ne doit pas y avoir de distinction entre les deux. 


Je ne rentrerais pas trop dans les détails. Mais j'ai compris quelque chose récemment, qui peut indiquer quel sens prendrait ma réponse. Depuis que j'ai un portable, j'ai toujours cherché un fond
d'écran convenable pour mon ordinateur. Jusqu'à présent, j'avais essayé plusieurs images de tout genre, toutes assez classes, assez belles, et artistiques. Mais aucune finalement ne convenait. Et
par dépit, j'ai feuilleté les différentes macro de fleurs, pour les tester comme fond d'écran. Et là, j'ai enfin trouvé un truc qui servait vraiment de fond d'écran. Une pauvre violette, floue,
dont on distingue seulement un ou deux pétales. Dans une conversation avec un pote qui touchait vraiment sa bille en fond d'écran, j'ai compris que mon erreur avait été de chercher à tout prix à
utiliser une image pseudo-artistique, mais pas du tout pratique (car elle fatiguait les yeux, et ne permettait pas de bien discerner les dossiers). Eh bien d'une certaine façon, traiter les jeux
vidéos en oeuvres d'art revient pour moi au même. On ne rend ni service à son plaisir de gamer, ni à l'art. C'est aussi comme porter des mona lisa en t-shirt. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne
pourrait pas inventer des vrais fonds d'écran-concept, très classe, très pratique... ou des t-shirts très classe, très pratique... mais ils resteraient des fonds d'écran ou des t-shirts, et ils
ne seraient classes, que parce qu'ils ont compris la limite naturelle de leur situation. Si on veut à tout prix poser a priori qu'il n'existe aucune limite à la culture ou à l'art, on se
prive tout simplement de les comprendre.



Gnouros 20/04/2010 09:50


Réflexion très intéressante. Néanmoins, dans cette étude des rapports entre le jeu vidéo et l'art, je peine à me faire une conception claire de ce qui est entendu par "art" - mais je suis conscient
des difficultés de s'en faire une, et l'on pourrait fort bien replacer à nouveau les remarques de Wittgenstein sur les "airs de famille".

Ceci mit à part, l'argument que le jeu vidéo ne pourrait prétendre à l'art puisqu'il est interactif et ludique, alors que ce dernier ne l'est pas, ne me parait pas décisif. En effet, dans
l'expérience esthétique, le sujet est loin d'être passif et est au contraire très actif. Voir Kant et les jugements réflechissants, qui justement sollicitent un libre "jeu" de l'entendement et de
l'imagination : on pourrait dire que sa lecture de l'expérience esthétique nous fait précisément jouer.

Voir également Rodin (ou Cézanne sur ses dernières toiles, qui laissait des espaces non peints) : il n'achevait pas ses sculptures et laissait à l'oeil du spectateur le soin de le faire.

Évidemment, la liberté qui est laissée par le jeu vidéo et par Rodin n'est certainement pas la même. Reste que celle-ci est créatrice et n'est en rien illégitime : elle est même fondatrice.


R. 20/04/2010 22:01



On a peut-être été un peu vague sur notre conception de l'interactivité. Elle est plus que l'activité d'un sujet. Elle implique surtout, je dirais, la faculté qu'a un sujet à modifier l'apparence
même de l'oeuvre. Ce que Kant appelle jugement réfléchissant est effectivement une activité, mais c'est un jeu où je suis à la fois le joueur et ce qui est joué. Ce serait intéressant de pouvoir
dresser un parallèle entre le "jeu libre des facultés", et le jeu, tel qu'on l'entend ordinairement. J'avoue ne pas pouvoir le tenter tout de suite, sans y avoir réfléchi.


En revanche ce qu'on appelle interactivité dans l'art contemporain est souvent surévalué – et je crois partiellement abandonné (quel grand artiste prétend encore l'utiliser ?.... Koons, Hirst,
Baselitz, Freud... ils s'en foutent complètement). Jusque dans les années 70, on pouvait appeler interactivité le simple fait de pouvoir tourner autour d'un tableau pour le voir sous différents
angles. Tout l'op'art a joué à ça, et assez platement (bien que je trouve toujours ça très marrant, notamment les pénétrables de Soto). Mais on est loin du jeu vidéo, où le but reste de gagner,
et non de seulement contempler.


Enfin, quant à la place de création laissé au spectateur, je la crois très mince. Quand bien même on interprète une oeuvre, ou qu'on la "complète" (ce qui signifierait que l'artiste qui a proposé
une oeuvre pensait son oeuvre incomplète...), notre interprétation ne se fait que sur le fond de cette inamovible choc de la première rencontre avec l'oeuvre d'art. 


Felix Gonzales Torres est peut-être l'artiste qui a poussé le plus loin le concept de participation (et non de création). Il laissait un tas de feuilles dans une galerie, absolument libres d'être
emportées par le spectateur, ou d'être détruites par lui. Néanmoins, là encore, ce qu'il y a de véritablement artistique, c'est le choix en face duquel nous met cette feuille, et non les
éventuels usages qui en découlent. La modalité d'apparition de ce choix me semble l'affaire propre de l'artiste. Et l'usage qui en est fait, celle du spectateur. Mais si le refus même d'emporter
cette feuille, ou de façon plus générale le refus d'un spectateur de voir tel film, pouvaient devenir artistiques, alors notre monde entier le serait devenu en douce et depuis longtemps, depuis
qu'on a ignoré les premières peintures rupestres, ou depuis qu'on a ignoré les premiers cercles tracés sans raison sur le sol par un australopithèque.


Au fond, le seul sens de ma réponse est de dire que l'activité du sujet devant l'oeuvre d'art est nécessaire, mais assez peu intéressante en soi. Il me semble que l'art est intéressant lui, parce
qu'il n'est pas comme le reste du monde, "libre d'interprétation" comme certains textes seraient libres de droit. Mais je trahis mon non-kantisme... ce que j'aime dans l'art est d'être projeté
dans une vision radicalement autre plutôt que d'être renvoyé à moi, éternellement (ce qu'accomplit en revanche très bien le jeu vidéo).


 


En tout cas, merci pour votre critique.