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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 18:04

Qui a vu Panda Go ! Panda (Panda Kopanda) de Miyazaki sur les grands écrans français, entouré de gamins, n’a pas pu s’empêcher de se marrer grassement en lisant dans toutes les scènes enfantines et naïves d’horribles suggestions d’incestes. La faute en est à l’ambiguïté provoquée dès l’entrée en scène de petit panda et papa panda.




PANDA PETIT PANDA - BANDE-ANNONCE VF (Panda Kopanda)



Pour bien comprendre, il faut se placer dans le contexte. Le générique débile vous a décérébré en vous faisant répéter la syllabe « da » de panda une centaine de fois par simples suggestions hypnotiques de pandas dansant sur fond orange seventies. Vous êtes prêt à voir n’importe quoi prendre des allures mignonnes pour vous faire la promo d’une société ultra-hiérarchisée, du travail aliénant à la japonaise ou de l’abandon des enfants à la nation dès l’âge de sept ans.

C’est ce qui arrive dès le début du film. Sur le prétexte de pouvoir se débrouiller très bien toute seule, Mimiko se débarrasse de sa grand-mère comme tout adulte angoissé aimerait pouvoir le faire – hop dans le train, et elle n’a qu’à aller honorer ses morts, la vieille ! On croirait la gamine déjà chef scout et capable de partir en ville se trouver un mari dans la minute (et on regrette déjà notre référent culturel d’occidental cocooné). Mais petit panda, se glisse chez la jeune fille, court partout et imite tous les gestes de la petite fille. Une relation fraternelle s’établit aussitôt, absolument mimétique. Passons sur les images constantes de la petite culotte de Mimiko, qu’elle montre avec fierté comme un gosse pourrait aimer montrer son cul ou sa mini-bite. Elle est aussi phallique que l’héroïne de Twilight, en fin de compte. Mais puisque notre cerveau a été joyeusement lavé par quelques dix minutes de génériques kawai, où chaque panda est plus mignon que le précédent, tout ça reprend une allure enfantine très fraîche et bon enfant. Oui, oui.



Pandasalut
source



 En revanche, dès que rentre le grand Panda, Papa panda, chaque personnage spontanément est appelé à préciser le lien de parenté qu’il entretient avec les autres. La scène, réitérée à chaque rencontre d’un autre personnage, est particulièrement amusante : le personnage saute sur celui qu’il considère comme son père ou sa mère comme on s’accrocherait sur un mur de velcro (défunte animation dans les boîtes de province plus connue sous le nom de « mur de l’araignée » ou « attrape mouches »…). Alors on voit le trio bizarre se former : Pandi saute sur Mimiko, en piaillant « t’es ma maman », et Mimiko et Pandi sautent sur le gros Panda (qu’on a aussi eu envie de serrer très fort dans nos bras, il faut être honnête) en piaillant « t’es mon papa ». Les enfants (qui ont commenté chaque scène depuis le début du générique – pubs incluses) gobent sans broncher. Tandis que l’effort qu’on avait fait, nous adultes, pour rester enfant, est soudain interrompu : quoi ? Mimiko est à la fois la maman et la sœur de Pandi !...

Claude Lévi Strauss avait tort d’imaginer que l’inceste était une donnée culturelle universelle, parce que constitutive de la différence nature-culture elle-même. En fait, jouer à l’inceste a l’air très amusant, du moment qu’on puisse avoir des parents pandas. Mais surtout, la parenté a l’air de s’établir sur d’autres données que les relations génétiques, et d’abord sur une donnée graphique : la taille des personnages. En réalité tout ce qui est plus grand que moi est susceptible d’être mon père ou ma mère : Mimiko est plus grande que Pandi, qui sont tous les deux plus petits que Panda. Le père alors est une sorte de poupée gigogne : vous êtes son fils s’il peut vous contenir. Diablement efficace, car dans un dessin animé les relations de parenté deviennent aussitôt lisibles, quoique folles. Mais additionnées à de multiples scènes de bouffe, on comprend surtout que le film donne envie de se faire littéralement manger par le père Panda. Ce qui double notre plaisir enfantin d’une charge sexuelle masochiste assez agréable : si on avait été le petit chaperon rouge, on aurait eu envie de se faire bouffer par le grand méchant loup tout de suite. Et on n’a pas besoin de Bruno Bettelheim pour comprendre que manger c’est bel et bien baiser. Voir les yeux de Papa Panda devant la grosse tige de bambou en dit long sur l’image narcissique que le père développe à l’endroit de sa propre virilité et de son appétit sexuel. Le père est un bouffeur et un masturbateur au gros ventre mou sur lequel on peut s’écraser en se marrant.



Panda Ko Panda
source.


Plaisir de mettre en bouche et d’être mis en bouche. Je promets que tous les gamins qui ont vu ce film vont devenir des vrais pervers au pieu plus tard. En tout cas, c’est tellement plus drôle que de penser qu’on ne pourra jamais rentrer dans le ventre de maman. Là c’est le bide de Papa bouffeur de bambous qui nous attend !

(D’une certaine façon, Mimiko, à tellement préparer la bouffe, cherche habilement à retarder son ingestion – elle retarde son plaisir, la coquine –, comme Zeus retardait son ingestion dans le gosier de Chronos en lui donnant des cailloux à manger…)


pandadvd 

 

 

Pour continuer sur Miyazaki...   

 

 

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