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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 20:34

Des nombreuses théories du complot en circulation, la thèse reptilienne est à la fois la plus radicale et la plus farfelue : il y est question de reptiles anthropomorphes originaires du centre (creux) de la Terre soupçonnés de vouloir mettre en place un nouvel ordre mondial avec l'aide d'illustres représentants infiltrés parmi les cercles politiques (Barack Obama 1, Benoit Hamon  2…), médiatiques (Jon Stewart 2, Florence Foresti 3…) ou dans le show-business (Mariah Carey 4, Britney Spears 5…). 

 

profond

La figure du profond "ceux des profondeurs" de H.P. Lovecraft peut être perçue comme une inspiration initiale du mythe.

 

La théorie a pour auteur David Icke, ancien footballeur professionnel et « homme du peuple », à l'origine d'essais sensationnels relayés progressivement sur internet, épicentre du phénomène reptilien : on ne compte plus les pages web ou vidéos Youtube visant à exposer les enjeux de la conspiration ou à démasquer les célébrités accusées d'y prendre part.

 

Comme toute théorie du complot, le mythe du reptilien repose sur une profonde crise de confiance généralisée. Syncrétique, il s'évertue à reprendre à son compte tous les poncifs du complotisme historique : connivence des milieux médiatiques, politiques et financiers, instauration d'un gouvernement international secret et cosmopolite, pouvoirs accaparés par un seul et même peuple … auxquels il ajoute une angoisse d'ordre purement ontologique : si l'antisémitisme né de l'affaire Dreyfus visait à nier l'humanité du Juif pour mieux s'en distinguer, le mythe du reptilien, en faisant des acteurs du complot les membres d'une autre espèce maquillés en êtres humains, interroge d'avantage l'aliénation de l'Homme, ramené à un état de nature d'ordre inférieur (si l'on peut envier l'extraterrestre, cet autre futuriste dominant l'espace par sa maîtrise technologique, le reptile, aïeul du mammifère et être arriéré réfugié au coeur de la terre, n'a lui, rien d'admirable : il est d'ailleurs moins autre qu'ancien même) par un système cruel et désincarné.

 

 

 

Il faut dire qu'avant l'éclosion de la théorie à laquelle on l'associe désormais, le mot reptilien servait à désigner la partie la plus archaïque du cerveau (la queue de saurien dont parlait Jung), celle que les hommes reptiles souhaiteraient activer pour faire adopter à l'Humanité les pulsions primitives (égoïsme, intolérance, autoritarisme ...) les plus éloignées de la sophistication technologique dont se servent les auteurs de vidéos complotistes pour détecter les signes d'appartenance à la race des reptiles.

 

Or, c'est précisément dans les faux pas de cette même technologie, c'est à dire dans les limites qu'elle pose en terme d'enregistrement, de compression ou de diffusion des données, que les adeptes de Icke croient déceler la trace des hommes reptiles :  zoomant à l'excès sur un détail de l'image, au point de rendre sa définition abstraite, ils espèrent y déceler des pupilles verticales ou une langue fourchue ; ralentissant à outrance un bête mouvement glossique, ils se mettent à y voir une marque de reptilité ; profitant de « friture » dans la transmission, ils font d'elle la manifestation d'une capacité reptilienne à changer d'apparence (shape shifting).

 

 

Vers une poétique du parasite...

 

Bien malgré eux, les auteurs de ces vidéos sont à l'origine d'une véritable poétique du parasite, qui cherche à faire de cet élément technologique corrompu le signe d'une autre dégradation : celle née du surgissement d'une nature refoulée au sein d'une civilisation détournée de ses vertus protectrices à de tout autres fins (bureaucratie, désinformation, confiscation du pouvoir par une minorité …), au point d'en avilir l'Homme. La modernité et l'informatique apparaissent alors comme moyens d'émancipation, de résistance contre un système politico-économique ne faisant que mettre la culture au service d'une vision hobbesienne de la loi de la jungle.

 

Tout aussi prétexte à la paranoïa conservatrice qu'à la rage révolutionnaire, l'objet/cible que constitue le mythe du reptilien résume à lui seul les inquiétudes du siècle naissant, tiraillé entre repli identitaire et internationalisme, tentation fasciste et désir de révolte. Catalysant la défiance du peuple à l'égard des élites, il est à la fois symptôme et interprétation symbolique d'internet : si l'homme reptile des précolombiens figurait la mort, et celui de V la menace communiste, le reptilien moderne n'est autre que le monstrueux rejeton d'un capitalisme sauvage  devenu incompréhensible qu'internet, vécu comme religion, s'efforce (par l'absurde) de dénoncer.

 

reptilien.jpg

On s'est fait repérer... - source.

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commentaires

100hp 10/09/2011 14:40


J'ai connu un ami à la fac, aujourd'hui docteur en physique quantique, qui se passionnait pour la thèse du complot des hommes serpents. Livres et documents à l'appui. Ca l'amusait de défendre cette
idée avec le plus grand sérieux. Catharsis intellectuelle ? Besoin de laisser la raison délirer ? On sait depuis le XXième siècle que la folie possède non seulement sa propre logique, mais qui
plus, qu'elle peut être rationnelle. Des raisonnements justes basés sur des informations erronées, le pire ennemi de l'homme moderne.