Partager l'article ! Louise Bourgeois, Limbo et des cadeaux...: Si vous cherchez encore du soleil cet été, il vous reste Red ...
Si vous cherchez encore du soleil cet été, il vous reste Red Dead Redemption... - source.
Toute l'année vous êtes ravis par la ligne éditoriale sexy et enchanteresse de Freakosophy mais il vous en faut toujours plus et on vous a habitués chaque été à un petit cadeau. Refusant les sirènes de la publicité facile nous contribuerons modestement à votre bonheur en dévoilant quelques jeux sur lesquels débattre mais en offrant aussi deux codes de téléchargement de l'un des meilleurs jeux de stratégie sur IOS Conquist 2 de la conception duquel nous sommes partie.
Mais avant de tenter votre chance revenons sur un des débats phares qui draine, presque autant que Pornosophie, de nouveaux lecteurs sur le site : les jeux vidéos c'est de l'art ou du cochon ?
Après la position du problème, les articles manifestes ou les questions plus techniques, il nous reste à analyser quelques exemples bien sentis mais aussi et surtout à ouvrir le débat sur une contradiction fine qui ne se résume pas à une opposition aussi massive que fugace. En somme, si vous êtes de fins dialecticiens amateurs de causes perdues, ou que vous voulez défendre vos premiers émois esthétiques devant des pixels sur une TV basse définition avec un son qui fait passer un pipeau pour un orchestre symphonique vous êtes les bienvenus dans l'espace de commentaire, pour commencer, mais aussi par la suite au cœur même des articles car nous essaierons de répondre point par point aux critiques même quand elles sont de mauvaise foi.
"Il paraît qu'il y a un type qui renverse des chiottes et qui dit que c'est de l'art - je crois même que c'est Didier Deschamp et qu'il expose à Kronenbourg" - M. Duchamp, The Fountain - source.
Il semble clair que nous avons déjà réglé son compte à Flowers et aux déclarations délirantes et totalement exemptes de modestie de son créateur à côté duquel Michel Sardou est le dernier esthète de notre siècle. Il nous reste donc à mieux saisir deux "productions" (Hop on commence à savonner la planche) plus ou moins indépendantes : Limbo et (parce qu'il finit toujours par revenir) Braid. A eux deux, ils mettent bien en avant deux traits caractéristiques des nouvelles productions arty : l'atmosphère ou le gameplay.
"Atmosphère, atmosphère" : Limbo.
"cours, petit, cours..." - source.
Il est difficile de ne pas être séduit immédiatement par l'aspect visuel du jeu. Dès l'écran titre et son minimalisme assumé le ton est donné : nous naviguons en plein cauchemar. Celui-ci est renforcé par le fait qu'il s'enracine dans l'enfance et fait jouer au mieux des peurs que nous pensions définitivement derrière nous, bien cachées dans le terrier de la petite souris.
Le pitch est des plus simples mais aussi des plus noirs : un petit garçon part seul à la recherche de sa sœur à travers les limbes (d'où le titre limbo). Le jeu s'ouvre dans une forêt maléfique et se finit assez abruptement lorsque le "héros" rencontre une fille après avoir traversé de nombreux tableaux tous plus désolés les uns que les autres et rencontré une humanité assez peu accueillante.
Au graphisme nu et au scénario minimaliste correspond un gameplay dans la même veine : le petit garçon se déplace avec le stick de la manette, saute lorsque l'on appuie sur un bouton et interagit avec un autre - rien de plus. Et pourtant malgré cette gigantesque économie de moyens, l'émotion est au rendez-vous et le malaise est bel et bien présent voire beaucoup plus que dans un bon vieux "survival horror" type Dead Space qui multiplie les effets pour tenter de nous faire tressauter. De ce point de vue, le jeu est une vraie réussite et a mérité ses prix aussi bien que la reconnaissance du public.
Silent Hill : Homecoming - Profusion mais aussi déception - source.
C'est une réussite mais est-ce de l'art pour autant ?
La question ne peut pas ne pas se poser d'autant plus que contrairement à Flowers qui est un peu la musique d'ascenseur du jeu vidéo on est face à un univers dérangeant qui suscite indéniablement une réaction. L'aura de petite production indépendante en rajoute un peu et on trouve facilement sur le net des centaines de joueurs qui crient au génie. Ainsi nous pouvons lire sur un forum :
"Un jeu profond sans paroles, un jeu beau sans couleurs, un jeu triste sans larmes, un jeu antonyme d'ennuyeux avec deux boutons, c'est grandiose. C'est une œuvre d'art. C'est une pièce maîtresse du jeu vidéo. Playdead, bravo!"
bourricoconut, le 07/07/2011.
"Limbo est un jeu magnifique, tout simplement sublime, une patte graphique de fou et ses bruits de son de limbo collent parfaitement avec ce jeux . Ce jeu c'est de la poésie..."
Snatos 59, le 30/06/2011
Nous retrouvons immédiatement ici l'idée que le terme d'art vient donner une dignité qui ne serait pas reconnue dans le domaine vidéoludique. La plupart du temps, dire que c'est de l'art, c'est tout simplement affirmer que c'est génial - c'est-à-dire que, dans son domaine (qui n'est peut-être pas de l'art), le jeu est une réussite. (Les amateurs ont tout de suite reconnu derrière cet argument un combo philosophie analytique appelé couramment the Wittgenstein's Nightmare.) Les différents commentaires confirment cette utilisation problématique du mot. C'est un peu comme quand vous dites que "c'est terrible" (ou plus récemment chez nos amis les jeunes "ça bute") lorsque l'on vous demande si vous avez aimé un film. Vous n'avez pas été terrifiés et vous n'avez pas été tués, l'expression est là pour suggérer par une exagération le fait que le film "déchire sa race".
Mais si c'est une simple question de langage - la volonté de manifester notre franche approbation - pourquoi alors ne disons-nous pas que Battlefield 3, qui est acclamé par la critique et est avant même sa sortie un succès, est de l'art ?
"Noir, c'est noir. Il n'y a plus d'espoir" - source.
L'objection se tient et nous oblige à présumer les conditions de cet emploi trompeur du mot "art". Il s'applique presque exclusivement à une catégorie de jeux bien particulière souvent liés à des studios indépendants qui développent visuellement un univers beaucoup moins formaté que les productions de masse ou un gameplay surprenant car reposant sur des mécanismes innovants.
Limbo est en ce sens un cas d'école : l'univers graphique est en partie novateur pour un jeu même si cela n'empêche pas qu'il emprunte des codes bien définis (et très vendeurs) souvent déjà labellisés, un peu indûment certes, "art et essai".
Attention au terrible "effet Burton" ! - source.
On peut penser à une imagerie adolescente gothique type Emily the Strange mais c'est surtout du côté de Burton que l'on peut retrouver la mélancolie si particulière d'un tel univers. Le problème alors se redouble en tombant précisément dans cet effet Burton. Car la question de l'art se pose finalement aussi au niveau de ses propres productions : suffit-il de créer un univers original pour être un artiste ? N'y a-t-il pas finalement une différence de nature et non simplement de degréentre David Lynch et Tim Burton ? Cela mériterait à soi seul un post mais nous nous contenterons juste de mettre au jour la difficulté pour le moment.
On peut trouver aussi des références plus directes dans le monde de l'art et là évidemment l'association cauchemar enfantin + araignée + éloge de la fuite = Louise Bourgeois. L'œuvre éclaire le jeu en perçant à jour ses carences. Limbo, en nous faisant prendre part à la quête de ce petit garçon (qui est probablement l'avatar inconscient du joueur perdu dans les limbes de son propre psychisme) diminue la charge de l'œuvre même si l'angoisse est nette sur le moment. Le rapport aux émotions est donc là encore une piste qu'il faut creuser pour approfondir la différence. Le jeu produit une émotion immédiate qui n'a pas vocation à durer alors qu'une œuvre d'art repose sur une forme de possession. Les araignées de L. Bourgeois - ses "Mamans" - hantent durablement notre imaginaire alors que Limbo, comme son personnage, s'évapore très vite. Là encore il y a à parier que la position de spectateur permet une imprégnation beaucoup plus profonde du sens réel de l'œuvre alors que le jeu, en faisant appel à l'activité du joueur, empêche finalement la bouture de prendre.
Une des "Mamans" de Louise Bourgeois - source.
Tout cela est encore un peu confus mais plus la réflexion progresse plus des barrières se dressent entre les deux types d'œuvres. Il reste alors à consolider cela ou à trouver l'œuvre hybride parfaite qui suscitera immédiatement une adhésion. Pour le moment, l'honnêteté oblige à reconnaître qu'il n'existe pas encore un tel jeu. La réussite de Limbo n'a pas à être dénigrée pour autant car ce jeu est un beau jeu mais aussi un bon jeu dans le sens qu'il provoque un plaisir ludique indéniable et que, par-delà le jeu, cette fin si étrange et brusque ne manque de nous interroger sur l'ensemble du parcours et sur ce qu'il représente vraiment.
Une reprise réussie - source.
Si vous n'êtes pas là pour causer mais pour gagner, ce qui suit est fait pour vous. Nul besoin de se casser la tête les gagnants seront tirés au sort parmi les commentaires en bas de cette page - la seule contrainte est simple : laissez les trois titres de jeux qui selon vous mériteraient le label "œuvre d'art".
Vous gagnerez donc peut-être un code pour télécharger Conquist II sur Ipad ou Iphone et vous pourrez ainsi retrouver les sensations de Risk en affrontant des joueurs du monde entier. Un design soigné et des règles simples et éternelles vous feront certainement comprendre ce que nous entendons par "ludique" et en quel sens cette qualité n'a rien à envier à n'importe quel label artistique préconçu.