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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 20:30

 

Mainstream est un livre de journaliste et de spécialiste de géopolitique culturelle. Frédéric Martel enquête, décrit, explique, il ne juge pas. Pourtant, nous verrons que derrière cette neutralité toute journalistique et scientifique se cache la défense d’une nouvelle manière de considérer la culture. La culture mainstream n’est pas qu’un objet à étudier, mais aussi une valeur à défendre.  Défendre contre qui ?

 

top gun mainstream

Le choc des cultures !? - Non, la guerre.

source.

 

Pour le mainstream, contre l’Europe.

 

Le livre se veut lui-même en partie mainstream. Il se lit d’abord comme un roman : un leader et des challengers qui se battent pour la domination économique mondiale, mais aussi pour répandre leur soft power : leurs valeurs et leurs idées. Il se lit surtout comme un récit de voyage ou une enquête policière où Frédéric Martel décrit à la première personne sa rencontre avec les acteurs de la culture mainstream et rapporte quantité d’anecdotes et de témoignages. Comme l’information mainstream qu’il décrit, mélange de show et de journalisme sérieux (l’infotainment), ce livre est un récit passionnant autant qu’un effort de réflexion théorique. C’est finalement ce qu’il décrit à la page 386 : un pop book ou encore une narrative nonfiction, « un document ou un essai qui raconte une histoire que les lecteurs peuvent suivre du début à la fin ». Martel prenant acte de la révolution Internet, les notes du livre sont  sur un site Internet.

 

Dans l’histoire qu’il raconte, il y a le leader, les challengers et les losers. Il y a surtout un loser potentiel : l’Europe (et même à l’intérieur de celle-ci un pays dont il ne parle presque jamais : la France). Le dernier chapitre avant la conclusion lui est consacré. Même si cet acteur important n’est traité qu’à la marge, c’est à lui que Martel s’adresse. Car l’Europe est en danger, elle décline. Parmi les 5 hypothèses d’explication du déclin de l’Europe mentionnées dans la conclusion, c’est la troisième qui est peut-être au cœur du livre de Martel : L’Europe ne croit pas au mainstream tel qu’il existe actuellement aux USA ou tel qu’il est en train de se développer dans le reste du monde. Comme le dit le titre du dernier chapitre, elle est même « anti-mainstream ». Sous des dehors de neutralité journalistique, Martel ne semble pas juger ce rejet. Pourtant, il est clair que pour lui, l’Europe, et notamment les français ont tort, non pas seulement parce que cela condamnerait l’Europe et la France à devenir les losers de demain, non pas seulement parce que la nouvelle culture mainstream est la clef de la géopolitique culturelle, de la guerre mondiale pour le soft power, mais parce qu’il semble clair pour lui qu’il est nécessaire de penser positivement la culture contemporaine à travers les catégories du mainstream. Nous devons changer de « paradigmes » pour penser la culture, dit-il (p438), non seulement pour conserver et accroître le pouvoir de l’Europe et de la France (perspective machiavélienne), mais pour que la culture qu’elles seraient alors susceptibles de produire puisse continuer de réaliser ses fonctions essentielles dans nos sociétés contemporaines (perspectives normatives, disons platoniciennes). C’est sur ce point caché, implicite, que le livre de Martel est peut-être le plus intéressant, le plus philosophique, mais aussi le plus contestable.

 

titanic_mainstream.jpg

T'inquiète, l'Europe est derrière nous ! - source.

 

Un nouveau paradigme pour comprendre la culture

 

Le changement de paradigme commence par des changements de catégories. Il faut cesser de comprendre le mainstream, cette « culture qui plaît à tout le monde », à travers les catégories péjoratives « d’industries culturelles » ou de « culture de masse ». Le mainstream est produit et diffusé, dit-il, par « des industries de contenus ou créatives ». Concevoir ainsi la culture, c’est changer de paradigme car cela conduit à rejeter les hiérarchies culturelles entre différentes formes de cultures, d’un côté la vraie culture, celle qui est créative et sérieuse, en gros l’art et le journalisme d’investigation, d’un autre côté, la culture de masse, celle qui est commerciale (produite d’abord pour être vendue) et vise d’abord au divertissement, à l’entertainment. Cette hiérarchie repose sur des distinctions conceptuelles normatives et non seulement descriptives qui ne visent pas seulement à connaître un objet en le distinguant des autres par des propriétés objectives, mais déterminent ce que doit être la culture par rapport à différentes finalités (édifier, instruire, faire réfléchir, plaire, intégrer socialement, occuper l’esprit…).  Ces distinctions sont celles entre l’art ou culture et le divertissement, la création et la production, la contemplation esthétique et la consommation. Elles déterminent une hiérarchie : le bon goût contre la médiocrité, l’élite personnalisée contre les masses anonymes, le High contre le low. Changer de paradigme ne conduit donc pas seulement à décrire autrement un phénomène, mais à concevoir de nouvelles normes à partir desquelles évaluer la culture humaine. C’est bien sur ce point que l’enquête journalistique de Martel est aussi une enquête philosophique, sans pourtant qu’il s’en rende compte néanmoins, et c’est cet aspect de son livre qui doit ici être discuté. Ce changement de paradigme est accompagné d’un nouveau discours dont Martel nous dit qu’il « mériterait un livre à lui seul ». C’est justement celui-là qu’on aurait aimé lire : il faudra se contenter des quelques indications que Martel nous donne ; quant aux innombrables données historiques, économiques, sociologiques, politiques, il ne nous appartient pas de les discuter.

 

Cette recherche d’un nouveau paradigme pour penser la culture trouve sa réponse essentiellement dans le modèle américain. La clef de ce modèle est découverte vers la fin de la première partie du livre, le chapitre 7, qui constitue une sorte de révélation, une acmé dans le voyage-enquête de Martel, la deuxième partie ne venant finalement que confirmer le modèle puisque tous les grands acteurs non américains (et non européens) de la culture mainstream ont adopté ce modèle pour concurrencer les USA dans la « guerre culturelle mondiale ». Cette révélation consiste en une nouvelle critique de la culture, incarnée notamment par trois femmes : « Pauline, Tina & Oprah », c’est-à-dire Pauline Kael, Tina Brown et Oprah Winfrey, respectivement critique de cinéma, éditrice et animatrice de Talk-show. Ces trois femmes sont les symboles (et des acteurs influents) du changement de paradigme critique. Martel affirme qu’il lui a fallu devenir une « Paulette » pour comprendre ce changement, autrement dit une disciple de Pauline Kael. Autant dire qu’il supporte entièrement cette nouvelle manière de comprendre la culture. 

 

tom cruise cocktail

Regardez bien la bouteille je m'occupe du reste. - source.

 

Cette nouvelle critique de la culture ne consiste pas dans une nouvelle théorie esthétique qui chercherait à évaluer le goût, mais dans une promotion du fun et du cool où la distinction entre l’art et le divertissement disparaît. Le critique est un passeur, un médiateur qui définit et oriente les modes (un trendsetter) en se fiant à la notoriété et au buzz, et non un juge des normes du bon goût (un tastemaker). Cela suppose la fin des hiérarchies culturelles entre une haute culture (high) et une culture populaire (low). Ce nouveau paradigme est présenté d’abord comme un affranchissement de l’influence européenne, élitiste et aristocratique dont les fers de lance ont été Arendt et Adorno aux USA. L’ancien paradigme est celui de la « Old left » dont la mission était de séparer le bon grain de l’ivraie (un gatekeeper) et d’empêcher la barbarie consistant à mélanger tous les genres. La « New left » a détruit cette approche pour laisser la place à la nouvelle critique dont ces trois femmes sont les symboles et dont 68 et tous les mouvements de la contre-culture ont été les catalyseurs. Martel conclut : « le résultat de cette révolution, c’est bien l’éloignement de l’Europe et la valorisation de la culture populaire américaine » (p157). L’ennemi de ces nouveaux critiques, c’est l’intellectuel européen (pour le cinéma « la politique des auteurs » des cahiers du cinéma en est par exemple un symbole), élitiste et aristocratique qui prétend éduquer le peuple en lui indiquant ce qu’il doit aimer. Au contraire, le nouveau critique doit se mettre à la place du spectateur ordinaire et lui dire ce qu’il va aimer et pourquoi. La fonction de ce nouveau paradigme est clairement conçue par ces nouveaux critiques comme profondément démocratique, et le nouveau paradigme est conçu comme enfin en accord avec l’esprit américain, affranchi de l’esprit européen élitiste et aristocratique. Le but de la critique culturelle n’est pas de dire ce que les spécialistes pensent d’une œuvre, mais de donner des infos ludiques pour que chacun puisse juger par lui-même. Parmi les changements sémantiques liés à ce nouveau paradigme mêlant le sérieux au plaisant, on trouve tous ces néologismes composés à partir du mot entertainment : edutainment, infotainment et tant d’autres que Martel collecte au cours de ses pérégrinations et qu’on a malheureusement oublié de noter… 

 

alain_badiou.jpg

Alain, on aime ton livre sur le cinéma - mais là visiblement il faut partir !

source.

 

Dans ce nouveau paradigme, le critère quantitatif a remplacé le critère qualitatif, ou plutôt la quantité détermine la qualité puisque les classements des ventes déterminent la légitimité d’une oeuvre : « tous ces classements contribuent à légitimer le succès d’un artiste ou d’un écrivain par ses ventes » (p175). Un chef d’œuvre, dans nos sociétés démocratiques, c’est donc nécessairement un Blockbuster pour un film, un Hit pour un morceau de musique ou un Best-Seller pour la littérature. D’ailleurs, autre changement lexical révélateur, il ne faut plus parler de film ou littérature, mais parler de movie et de fiction ou non-fiction. Ce qui ne marche pas, c’est ce qui est snob, square, ce qui marche, c’est ce qui est cool, fun, hot. Et à chaque fois, c’est le critère quantitatif qui au fond détermine ce qui est hot, « the next big thing » : « ces nombres sont perçus aux États-Unis comme une sorte de sanction du public qui mêle réussite commerciale et légitimité démocratique. Le marché mainstream, souvent regardé avec suspicion en Europe comme ennemi de la création artistique, a acquis aux Etats-Unis une sorte d’intégrité parce qu’il est considéré comme le résultat des choix réels du public. Dans une époque de valeurs relatives, et alors que tous les jugements critiques sont considérés comme le résultat de préjugés de classes, la popularité par les ventes apparaît comme neutre et fiable » (p175). Martel, à la fin de ce chapitre central, semble critiquer ce culte des nombres, mais c’est seulement pour dénoncer la manipulation des chiffres par l’argent (les Studios, les Majors et les grandes maisons d’éditions paient pour favoriser leurs produits). Le jeu est truqué et donc mensonger. Mais il ne dit jamais que les nombres vrais, ceux obtenus dans une société démocratique idéale où l’argent ne viendrait pas truquer les chiffres, peuvent en eux-mêmes être mensongers. Les critères quantitatifs d’appréciation de la culture sont en soi les bons car ils sont démocratiques. 

 

Si ce nouveau paradigme est adapté aux yeux de ces critiques (et de Martel) aux sociétés démocratiques contemporaines, on peut néanmoins se demander si on ne confond pas ici le fait et le droit : ce n’est parce qu’une culture se répand bien, se vend bien qu’elle remplit correctement ses fonctions culturelles. Cette culture convient-elle à la démocratie contemporaine parce qu’elle réussit à la niveler par le bas de manière efficace ou lui convient-elle parce qu’elle élève l’esprit du peuple à une plus grande conscience du monde et de soi-même ? Ne confondent-ils pas ce qui se vend parce que cela plaît avec ce qui doit plaire ? Ce nouveau paradigme prétend rendre au peuple le jugement de ce qui lui convient culturellement. Mais donne-t-on à penser par soi-même les œuvres culturelles en se refusant de les juger, en s’interdisant d’analyser qualitativement les contenus, en se contentant d’indiquer ce qui plaît au plus grand nombre ? Pour reprendre la question platonicienne, ces nouveaux critiques ne sont-ils pas des sophistes ?

 

pauline-kael.jpg

Je n'aime pas Kubrick mais je le dis bien !

Pauline Kael - source.

 

La fonction politique du nouveau paradigme

 

Si le nouveau paradigme critique est juste pour ses défenseurs, c’est dans la mesure où il est totalement adapté à une nouvelle manière de produire cette culture mainstream. Martel ne prétend pas révéler seulement une nouvelle manière de penser la culture mainstream, mais aussi une nouvelle manière de la produire. Cette production s’est elle-même démocratisée, du moins aux USA. Le nouveau modèle économique de la culture mainstream qu’il appelle le capitalisme Hip est adapté au nouveau paradigme pour la comprendre. Même la culture alternative est promue et utilisée par l’industrie du mainstream. La production indépendante est en réalité produite par les grands studios, les grandes majors et les grandes maisons d’édition. Si le mainstream a trouvé son modèle économique et culturel aux USA, c’est pour la simple raison que les USA sont une terre d’immigrés, une société originellement multiculturelle, un monde en miniature. Chaque communauté peut se reconnaître dans la culture mainstream que les USA produisent, c’est-à-dire y reconnaître son identité et ses valeurs. Pour les tenants de ce paradigme (dont Martel), la fonction de la culture est de plaire en se reconnaissant dans l’œuvre. Du coup, la production mainstream, au moins aux USA, est légitime car elle laisse s’exprimer toute la diversité sociale. Le critère quantitatif (la sanction du nombre) pour analyser la culture, mais aussi pour la produire, n’écrase pas les minorités, au contraire. 

 

L’objection platonicienne à la démocratie et aux sophistes, qui voit dans la première la tyrannie de la majorité (aux passions basses et aux idées courtes) et dans les seconds des flatteurs qui nivellent tout discours critique au dénominateur commun (et celui-ci est toujours bas et médiocre), ne porte pas pour le mainstream car dans le capitalisme Hip, les niches sont autant exploitées que les goûts de la majorité, de la même manière que dans la nouvelle critique les goûts des minorités sont pris en compte. Lorsque l’ancienne gauche (la « old left » influencée par Arendt et Adormo) reprend la hiérarchie culturelle platonicienne, c’est pour éviter à la démocratie le populisme et le « despotisme doux » lié à un individualisme consumériste et replié sur lui-même. Mais le mainstream évite de lui-même ces travers. Martel montre ainsi dans le dernier chapitre de sa première partie (le chapitre 8), mais aussi dans la reprise du modèle américain dans le reste du monde (la deuxième partie du bouquin) que le nouveau paradigme ne nuit pas à la diversité, mais au contraire lui permet d’exprimer ses valeurs et son identité plurielle. C’est lorsque le modèle se voit limité par des mécanismes réactionnaires (les islamistes d’Al Jazeera, le parti communiste en Chine ou l’ancien paradigme culturel aristocratique en Europe et particulièrement en France) que cette diversité ne peut s’exprimer. D’ailleurs, Martel semble croire qu’Internet va permettre de dépasser ces limites (en forçant les acteurs dominants à s’ouvrir et à respecter les règles du jeu) et répandre les vertus du capitalisme Hip à toute la planète. Le numérique et Internet sont à ce titre les grands enjeux de la culture de masse du 21ème siècle. 

 

Le versant politique du mainstream tel qu’il s’est constitué aux États-Unis constitue ainsi une sorte de libéralisme culturel. Finalement on peut se demander si Martel n’a pas une foi dans ce libéralisme culturel comparable à celle de Smith dans le libéralisme économique. La main invisible du mainstream ne conduisant pas ici à la richesse des nations, mais à l’expression identitaire de tous, à la réalisation de l’esprit démocratique. Le mainstream était ce qui manquait à la modernité, après le libéralisme politique et économique, pour se réaliser totalement. Le bouquin de Martel aurait pu au fond s’appeler : « l’éthique mainstrean et l’esprit du capitalisme Hip ». Martel est donc comme la chouette de Minerve de Hegel, il réfléchit dans des concepts ce que l’Histoire a déjà réalisé et porté à nu dans le réel. L’enquêteur-voyageur Martel serait donc une sorte de philosophe hégélien à la recherche du sens de l’histoire universelle, du nouvel Esprit du monde, dans sa plus haute expression, celle de la culture…

 

La deuxième partie du livre montre comment les autres centres de la culture mainstream mondiale cherchent à résister à la culture mainstream américaine et à répandre la leur. La guerre culturelle mondiale est liée au hard power : à l’économique où le but est de dominer les marchés, mais aussi au soft power : répandre des valeurs. On vend des produits, mais aussi des valeurs, ce mélange étant le propre des industries créatives ou de contenu. La mondialisation a donc un double enjeu : domination économique et domination culturelle (les valeurs étant des normes de mode de vie). Les chinois et les arabes-musulmans sont les deux grandes civilisations qui résistent le plus aux valeurs américaines. L’Amérique latine et l’Europe résistent moins. Par contre, si des civilisations comme le Japon ou les dragons asiatiques, ou encore l’inde, sont perméables, la pénétration américaine n’est pas directe car les contenus sont adaptés et donc transformés par la culture régionale. Il semble clairement que ce soit ce dernier modèle qui soit privilégié par Martel : la mondialisation ne doit pas consister dans une uniformisation en ne permettant que la diffusion de la culture mainstream américaine, mais doit pouvoir permettre l’expression de toutes les cultures grâce à l’adaptation du modèle américain par chaque culture. Glocalisation plutôt que mondialisation. Finalement, on peut se demander si Martel n’encourage pas l’Europe à suivre la voie de l’Inde, à adopter le modèle américain pour produire sa propre culture mainstream capable de rivaliser avec la culture américaine. L’Europe est riche d’une diversité qui ne trouve pas encore à s’exprimer et la voie du salut démocratique se trouve dans le mainstream pour notre auteur.

 

Ce lien entre mainstream et démocratie se vérifie-t-il dans la mondialisation : le modèle culturel américain (tant du point de vue critique que du point de vue de la production) participe-t-il au développement du modèle démocratique dans le monde ? Dans la guerre mondiale culturelle, le plus intéressant vient ici du fait que la résistance à la culture américaine se fait en partie en reprenant le modèle américain du mainstream, en adoptant son paradigme et son capitalisme Hip. La lutte contre les valeurs occidentales et notamment américaines que mènent les autres civilisations est donc paradoxale. En cherchant à imposer leurs valeurs, elles doivent adopter un modèle censé, selon Martel, favoriser l’esprit démocratique. Finalement, le média est ici aussi le message : en adoptant le modèle américain pour opposer à l’occident d’autres valeurs, ces civilisations adoptent des valeurs démocratiques ou seront obligées de les adopter. On peut évidemment douter que ces valeurs démocratiques soient proprement occidentales, toujours est-il que c’est ce mouvement dialectique que Martel semble pouvoir décrire dans la mondialisation du mainstream.

 

fergie glamour

Car le mainstream c'est aussi des strings et des paillettes !

Fergie des Black Eyed Peas : numéro 1 des téléchargements en 2009

source.

 

Le freakosophe doit-il devenir lui aussi une « Paulette » ?

 

La question philosophique est de savoir si le mélange entre art et divertissement, entre information et divertissement, est en droit possible pour accomplir les fonctions de la culture. Certes, ce qui plaît à tout le monde c’est un mélange d’art, d’info et de divertissement. Selon Martel, ce qui plaît à tout le monde, c’est surtout que tous puissent s’exprimer et se reconnaître dans la culture. La valeur du mainstream, c’est l’expression de soi. Mais suffit-il de s’exprimer et de se reconnaître dans une œuvre pour que celle-ci accomplisse sa fonction culturelle essentielle, celle de plaire en élevant nos esprits ? Sans revenir à une hiérarchie culturelle entre un Art contemporain (moribond) et une culture de masse dénigrée, ne doit-on pas chercher à distinguer à l’intérieur de la culture mainstream des œuvres de qualité de la médiocrité ambiante ? S’il faut lutter contre un élitisme snobinard qui voit nécessairement dans la volonté de succès populaire un abandon des fonctions élévatrices de la culture, il nous apparaît pourtant essentiel de ne pas renoncer à ces fonctions. Le quantitatif ne doit pas servir de norme à la qualité. Prétendre que toute hiérarchie culturelle est une aliénation des minorités est une erreur. Que les hiérarchies culturelles élitistes du passé aient servi à imposer les normes d’un groupe (celle de l’homme blanc hétérosexuel) doit bien sûr être dénoncé, mais que toute hiérarchie culturelle doive conduire à ce genre d’aliénation est contestable.

 

On peut prendre au sérieux les blockbusters, les Hits et les Best-Sellers du mainstream, non pour y dénoncer comme Arendt et Adorno les nouvelles formes d’aliénation moderne, mais parce que justement ces films, ces chansons, et ces livres peuvent eux aussi « donner à penser », élever nos esprits. Pas tous, certes, mais c’est justement la fonction du critique d’interpréter les œuvres pour montrer en quoi elles réussissent ou échouent. Pour le nouveau paradigme que défend Martel, une telle critique relèverait certainement d’un esprit de sérieux dépassé. Mais par le refus de prendre au sérieux la culture mainstream, ne rejoint-on pas finalement le mépris des gardiens du temple de l’Art pour la culture populaire ? Dans les deux cas, on refuse de penser à partir des Blockbusters, des Hits et des Best-sellers, soit pour se protéger de l’élitisme et respecter l’esprit de la démocratie, être cool et fun ; soit parce qu’on considère qu’il n’y a rien à penser dans ces « produits ». Selon ce second point de vue, on nous avait reproché jadis sur un site éducatif  de prendre trop au sérieux  un film de R. Gervais, L’invention du mensonge

 

« En reprochant à The Invention of lying son absence de cohérence philosophique (critique du matérialisme se basant sur des présupposés totalement matérialistes), ses contradictions et ses invraisemblances (le film ne parvient pas à "tenir" pas son présupposé de départ), c'est finalement son propre postulat que le blog met en doute : la possibilité de produire de la pensée sur une œuvre à la valeur artistique plus que douteuse. Autrement dit, The invention of lying ne "résiste" pas vraiment à l'examen critique, et sa saveur philosophique est aussi fugace que celle d'une boule de chewing-gum. A chercher à philosopher sur des objets qui ne méritent sans doute pas cet excès d'honneur (près de 30 000 signes pour l'article sur The Invention of lying), la "freakosophie" pèche paradoxalement par manque de légèreté et par un terrible esprit de sérieux. »

 

Une « paulette » comme Martel pourrait nous avoir fait le reproche similaire du point de vue opposé : un film mainstream ne doit plus être évalué selon les critères dépassés de l’art ou de la haute culture, disons plaire en donnant à réfléchir. Pour toutes les raisons qu’on vient de donner et pour d’autres sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir en analysant la portée possible de certains blockbusters, nous ne pensons pas que la freakosophy doive prendre cette voie.

 

mainstream.jpg

Le blanc est-il mainstream ou ont-ils oublié de reproduire Mickey en couverture ?

22€50 - Source.

 

Sinon pour les amoureux du concept :

 

badiou.jpg

avec des bouts de Mainstream dedans (Matrix, Magnolia...)

source.

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commentaires

mr personne 28/11/2010 01:16


vous faites vous même partie de ce système élitiste fermé aux basses classes,puisque la philosophie est un domaine difficilement abordable