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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 08:57

 

 

true blood

 

Sexe, sang et poulet cajun : True Blood.

 

La dernière idée jetée dans le grand accélérateur de théories est la suivante : « Et si les vampires n’étaient seulement condamnés pour l’éternité, ou condamnés à devoir tuer pour satisfaire leurs pulsions, mais s’ils étaient dans le fond une minorité politique en mal de reconnaissance ? » Et c’est True Blood, la dernière production d’Alan Ball (le créateur génial de Six Feet Under, et scénariste d’American Beauty), qui prend en charge le problème.

 

Suite à l'avénément prochain de la publicité sur Overblog, nous avons décidé de déménager le site et de vous offrir quelque chose de plus grand, plus beau, plus fun (avec une vraie mise en page !). La suite de l'article est donc ICI

 

 

http://www.freakosophy.com/#!True-Blood-Sexe-sang-et-devenir-minoritaire---les-vampires-ont-ils-des-droits-/c112t/81E231EC-7D9C-4358-8946-25781B1CF301

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commentaires

Neault 07/08/2010 18:40


Oups, je crois que la fin du commentaire n'est pas passée. Je la reposte.

--> Oui, ce n'est pas faux, ce qui pose problème, c'est effectivement lorsqu'une sexualité "déborde" de son champ pour influer sur l'aspect social. Mais Foucault n'a pas tout à fait raison. La
société ne tolère aucunement (et fort heureusement) la pédophilie, alors qu'elle ne produit pourtant aucun amour ni aucune culture. Et à l'inverse elle tolère que les homosexuels s'unissent ou
singent le mariage hétérosexuel.

Mais pour en revenir à la grille de lecture de la série, c'est peut-être encore plus simple que ça : une sorte de Roméo et Juliette gothique et campagnard, ce qui donne un mélange assez savoureux.
Les vampires, réputés raffinés dans l'imaginaire collectif, chez les rednecks, à la réputation tout de même peu flatteuse, voilà un joli choc des cultures. ;o)


Neault 07/08/2010 17:21


"il est sans doute plus utile de savoir qu'on ne pourra jamais s'accorder plutôt que de provoquer un consensus flou et mou."

--> Tout à fait d'accord. ;o)

"Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'il vient juste de se faire INSULTER. Ne reportez pas la faute sur celui qui réplique à la violence... C'est précisément ce que j'essayez de présenter
synthétiquement juste avant dans l'article : " une minorité peut devenir réellement dangereuse, parce qu’en réaction à sa marginalisation, elle peut répliquer par la violence.""

--> Il existe une graduation dans la "violence". Se faire insulter, normalement, ne permet pas de péter la gueule à l'auteur des insultes. C'est même totalement illégal, en France comme aux
Etats-Unis (contrairement à ce que l'on croit depuis que tous les abrutis qui nous dirigent ont canonisés saint Zidane lorsqu'il a agressé un type qui ne lui avait rien fait). Il existe, en cas
d'agression, une notion de riposte légitime qui ne permet pas de descendre l'auteur d'une remarque, aussi offensante qu'elle puisse être. Même moralement, bien qu'il puisse exister des exceptions,
je pense que l'on ne peut pas, en général, s'affranchir des lois juste parce que l'on pense être en droit de le faire.

"Vous semblez considérer qu'il n'y a pas d'oppression délibérée de la part d'une culture dominante."

--> Du tout. Ce cas de figure a existé et existe encore (en Chine notamment).

"Mais il me semble assez ancien pour ne pas être spécifique aux débats récents sur les minorités (ce qui ne signifie pas que cette question ne soit pas importance, cela va de soi). "

--> Je serais alors curieux de connaître des exemples anciens où la justice s'arrête à cause d'une rupture étatique liée à l'impossibilité de mettre un terme à des pratiques illégales à cause de
l'origine ou du statut des criminels. Personnellement, je n'en connais pas. Là encore, je précise qu'il ne s'agit pas d'un problème de minorités mais d'un problème lié à la manière dont elles sont
perçues (ce qui a permis naguère des massacres et aujourd'hui un laisser-aller tout aussi criminel).

"L'interprétation de faits anciens à partir de valeurs modernes ne me pose aucun problème. Au contraire, même, je l'appelle de mes voeux. Qu'on juge l'histoire, encore et encore."

--> C'est tout simplement impossible. L'on ne peut juger un romain antique avec la morale d'un européen moderne. Cela va à l'encontre des principes qui définissent l'étude historique.


"Parce que c'est tout simplement ce que le progrès suppose. On ne tolère plus l'esclavage, ni la domination domestique des femmes, ni le sacrifice du premier né. Tant mieux."

--> Ah oui tant mieux, mais ça n'a rien à voir avec l'Histoire et l'étude des civilisations anciennes. Il ne faut pas ériger des principes moraux modernes (sans doute respectables en partie) là
où il n'y a pas lieu de le faire. Ceci dit, je ne suis pas certain que la domination des femmes soit totalement éradiquée en France, notamment à cause - de nouveau ! - de la manière dont sont
perçus les actes légaux que l'on pourrait perpétré à l'encontre de certaines minorités.


"Si j'étais historien, soucieux d'établir la vérité, je vous soutiendrai et je condamnerai toute forme d'anachronisme, parce que l'histoire consiste bien à comprendre une culture passée, y compris
dans ses aspects les plus inhabituels pour nous. Mais quand il s'agit de vivre, et d'espérer progresser, ou rendre la justice moins impuissante, l'anachronisme est un faux problème."

--> Au contraire, c'est parce que l'on peut penser sur un socle de vérité que l'on peut évoluer. Je m'inscris en faux sur cette éventuelle séparation entre l'historien et le philosophe ou même
le citoyen. Et puis d'ailleurs, en quoi nos codes moraux actuels seraient supérieurs à d'autres, passés ou à venir ? Je ne parle pas d'évidences, comme les droits accordées aux femmes, mais plutôt
de notions bien plus subtiles.
Par exemple, l'avortement est considéré aujourd'hui en France comme un droit, or, d'un point de vue philosophique et moral, c'est un acte qui pose problème et n'est pas anodin. Je ne prétends pas
qu'il faille l'interdire, mais le présenter comme un "droit" et un acte socialement acceptable est révélateur de codes moraux fluctuants dont on ne peut se servir comme prisme pour observer les
sociétés anciennes. Pour observer l'antiquité par exemple, il faut un regard antique, sinon la vision est déformée.

"Et pour prévenir tout faux problèmes : ce n'est pas être schizophrène que de séparer les principes de la recherche historique du reste d'une vie bien humaine."

--> Non pas schizophrène, mais injuste. L'on ne peut pas se débarrasser de principes valables dès que cela nous arrange. Nos valeurs actuelles ne sont pas plus absolues que celles du moyen-âge
ou de la renaissance.

"Right ! Ce que j'entendais par "réellement nocive" est vraiment à préciser. D'abord, les vampires ont mangé de l'humain par le passé, et ça fait partie de leur nature. C'est cette qualité
essentielle qui les a défini comme vampire. "

--> Mais ils ne le font plus aujourd'hui. Et il n'est pas si évident que cela de considérer que ce qui définit le vampire est son ancien mode alimentaire. Dans l'antiquité, certains peuples
avaient des traditions anthropophage voire même nécrophage, mais les limiter à cela serait réducteur.

"Le point génial de la série est que cette qualité essentielle devient secondaire en raison de l'apparition du True Blood."

--> Voilà, c'est la seule manière, pour les humains, d'accorder des droits aux prédateurs que sont les vampires. Et c'est aussi ce qui leur permet de découvrir qu'ils ne sont pas "que" des
prédateurs.

"Ils ne viendraient à personne de dire qu'un blanc est catholique par nature, ou qu'un haitien est adorateur des dieux vaudous par nature. Car, nous avons contrairement aux vampires, une culture,
et donc une souplesse, qu'on ne leur prête pas dans la série."

--> Il y a tout de même une culture vampire, avec ses rites, sa hiérarchie. On voit dans la série qu'ils ont un tribunal, des chefs, des clans, des lois (un sens de la propriété par
exemple).


"Et à mon sens, c'est bien le sens que prend le débat des minorités aux Etats unis. Ils ne sont pas culturalistes, mais bien naturalistes tant ils parlent de races ou d'orientation sexuelle
innée."

--> Les Etats-Unis, du point de vue racial, sont bien plus en avance que nous. Dans les grands centres urbains, le mélange est assuré par la loi, et dans les campagnes (les petites villes, etc),
les communautés se rassemblent.
Il n'y a pas plus de racistes chez les blancs que chez les noirs par exemple. Mais, globalement, les communautés (les fameuses races qui "n'existent pas") vivent mieux lorsqu'elles sont
séparées.
C'est juste du bon sens, mais ça titille pas mal de bons samaritains qui pensent qu'il suffit d'espérer très fort quelque chose pour que cela devienne une réalité.


"Donc évidemment la Russie soviétique avait une tendance universaliste si forte qu'elle déportait sans hésitation des peuples entiers. Mais dans notre univers politique, le discours de droite (qui
suppose la liberté de choix de chacun un peu faussement)"

--> J'aimerais savoir en quoi un discours de droite supposerait "faussement" la liberté de choix de chacun. Pas plus qu'un discours de gauche en tout cas.

"vous avez le droit d'être différent, mais alors soyez cohérent et faites aussi le choix de quitter le territoire."

--> Je ne sais pas si c'est volontaire, mais les propos et leur sens sont totalement déformés. Le discours n'est pas "si vous êtes différents, barrez-vous" mais "si vous ne respectez pas le pays
dans lequel vous vivez, barrez-vous". Ce qui me semble une évidence, mais rassurez-vous, notre président a une grande gueule mais fort peu de couilles. Les effets d'annonces n'ont jamais été suivi
de faits et des portions entières du territoire sont toujours aux mains des gangs, qui prennent d'ailleurs en otages les gens qui, eux, respectent la loi.
Quand on en arrive à tirer à balles réelles sur des policiers ou à prendre d'assaut une gendarmerie, il ne s'agit pas de "différences" mais de guerre civile larvée. Parvenir à présenter la lutte
contre la criminalité comme une atteinte aux droits de l'homme, c'est tout de même un merveilleux tour de magie gauchiste.
En tout cas, quoi qu'en disent les détracteurs de Sarkozy, l'on a tout à fait le droit d'être différent en France. Mais passer sa vie à insulter, frapper, brûler, détruire et voler, je ne considère
pas que cela soit autre chose qu'une culture mafieuse. Faut-il aussi la "respecter" ? Ah, suis-je bête, nous la respectons déjà. ;o)


"Mais cette grille de lecture-là me semble la plus exhaustive et la plus pertinente. Parce qu'être gay n'est pas qu'une orientation sexuelle. Ou être hétérosexuel n'est pas non plus qu'une
orientation sexuelle. Si tel était le cas d'ailleurs, personne ne serait gêné de voir des sexualités diverses et variées partout dans la nature. Tout le monde pourrait se dire, à la façon d'un
sexologue qui voit passer un peu de tout : "eh, nervermind, ce n'est qu'une sexualité parmi d'autres..." Et personne ne se dit ça. La sexualité n'est pas une chose aussi minime que le nom
"homosexuel" le laisse penser. Nous avons tous la fâcheuse tendance à créer des liens au moment où


Neault 30/07/2010 22:26


" Car une donnée supplémentaire a aussi été ajoutée au tableau de la lutte pour les droits des minorités: la communauté qui réclame ses droits est réellement nocive."

--> Il ne s'agit pas d'une donnée supplémentaire à mon sens mais d'une simple allégorie.
Si une communauté est réellement "nocive", le bon sens veut qu'on ne lui confère pas de droits (à moins d'être complètement stupide). Il ne s'agit donc pas tant de savoir si les droits sont
légitimes ou non (soit les vampires sont des monstres et on les élimine, soit on leur reconnaît une "humanité" et on ne les qualifie plus de "nocifs") que de démontrer les limites de la tolérance
et du politiquement correct.
Au nom d'un principe louable à l'origine, la société peine ensuite à mettre un terme aux agissements odieux d'individus qui se cachent derrière un principe qui ne s'applique pas à eux.
Cela montre aussi, lorsque la communauté est forte et soudée, à quel point il est difficile de différencier les éléments criminels des éléments socialement adaptés qui, pourtant, agissent par
réflexes ethniques et non en fonction d'un idéal commun dépassant les différences et fondant une nation multiculturelle.
Je ne pense pas que la volonté des auteurs de True Blood soit aussi pointue, mais c'est un peu ce que l'on peut faire ressortir de la série.

" Habituellement, le discours consistant à présenter une minorité comme dangereuse est la marque d’un discours conservateur de droite"

--> C'est faux, bien entendu.
Il suffit de regarder comment sont considérées les minorités sous les régimes communistes. Que ce soit l'ancienne Russie soviétique ou l'actuelle Chine, il ne me semble pas que ces doctrines, très
à gauche, aient pu faire montre d'une grande tolérance envers qui que ce soit.
De plus, j'ajoute que le fait qu'une minorité soit présentée comme dangereuse peut être parfois réel. Cela ne veut pas dire qu'il faut lui nier ses droits, mais le fait qu'une minorité puisse
posséder des droits n'influe pas sur sa dangerosité réelle ou supposée. Les anglais ont sans doute été considérés comme relativement dangereux par les indiens à une certaine époque. Tout comme les
colons européens par les amérindiens. Avec raison pour ces derniers puisqu'ils ont été quasiment exterminés.
Tout cela pour dire que le postulat qui consiste à dire qu'une minorité, par le fait qu'elle ne représente pas la culture dominante, ne devrait pas être dangereuse est faux. Les hommes sont
toujours dangereux.
Une politique éclairée ne viserait donc pas à nier la dangerosité mais à en atténuer les effets.

" Mais plus encore, une minorité peut devenir réellement dangereuse, parce qu’en réaction à sa marginalisation, elle peut répliquer par la violence."

--> Là encore c'est une idée reçue car cela implique une oppression délibérée de la part d'une culture dominante. Les faits actuels dans les pays occidentaux démontrent plutôt l'inverse,
autrement dit une impuissance idéologique (et donc judiciaire et policière) qui laisse une large place aux opportunistes. Cela relève d'un sentiment de culpabilité totalement infondé, car il
découle d'une interprétation moderne de faits anciens.

" la communauté vampire, selon eux, représente assez clairement la communauté gay"

--> Là j'avoue que j'ai du mal à considérer l'orientation sexuelle d'un individu comme fondatrice d'un ensemble culturel.

" True Blood est la série d’un vieux vampire qui veut aimer les humains, et d’humains qui veulent aimer les vampires"

--> C'est très vrai et j'y vois, du coup, quelque chose de bien plus simple, sans conservatisme ou orientation sexuelle. Ce n'est pas facile de vivre au milieu de connards. Que l'on soit gay,
hétéro, blanc, noir, catho, musulman, l'autre est toujours une souffrance. Le mythe du vampire y met fin car il permet de devenir l'autre tout en permettant la continuité du Moi.
L'individu peut alors rejoindre le clan qui fait peur, tout en conservant une partie de ce qui fait sa spécificité. C'est un abandon fantasmé, une lâcheté avec des conséquences positives. Aimer les
vampires est facile, car tout le monde veut devenir un vampire. Oh, pas tout de suite. Mais vers 60, 70 ans, je suis certain qu'il y aurait des candidats assez nombreux. ;o)

" Trois beaufs refusent de manger le hamburger préparé par Lafayette, notre thug camp, mi-racaille mi-trav, sous prétexte que le hamburger a le sida. La réponse de Lafayette est un modèle: il ne
part pas dans la cuisine pleurer sur sa différence, il pète la gueule du blaireau"

--> Cette scène est assez épouvantable et très involontairement représentative de la dictature du politiquement correct. Ne pas manger un steak permet à quelqu'un de se montrer violent :
magnifique preuve de tolérance et d'attitude éclairée.
Cela sous-entend que, si l'on n'adhère pas à l'idéologie dominante (en l'occurrence, de nos jours, une idéologie victimisatrice et masochiste), l'on mérite de se faire péter la gueule. La plupart
des gens, lorsqu'ils voient la scène, adhèrent au point de vue de Lafayette. C'est ce genre de réflexe débile qui a permis l'extermination de 6 millions de juifs. Le type est présumé un salaud
parce qu'il répugne à bouffer un sandwich... et si c'est simplement sa réaction, depuis quand a-t-on le droit de défoncer la gueule des gens qui sont incultes et antipathiques ? Parce que, si c'est
permis, j'en connais deux ou trois hein. ;o)

" Alan Ball explique qu’avant le début de la série, pour la présenter, il aimait dire que True Blood est à propos de la « terreur de l’intimité » – sans être trop convaincu par la formule. Mais la
formule a du sens. Dans l’intimité, on découvrirait une différence non assimilable, qui ne peut que faire souffrir. "

--> L'intimité qui montre que l'on est seul. Peu importe les préférences sexuelles, les idées politiques, les parcours personnels, la couleur de peau ou la religion. A la fin, dans l'horreur des
portes refermées, il n'y a que l'ego et la terreur magnifique qu'il inspire.
Le but de la plupart des religions est d'ailleurs d'atténuer ce sentiment de vaine solitude.

" L’utopie d’une démocratie libérale est de penser que l’égalité est la condition nécessaire de tout échange intercommunautaire, ou de reconnaissance mutuelle."

--> Une utopie totalitaire bien effrayante, puisque l'égalité absolue n'a guère de sens, sauf à supposer que tout se vaut, ce qui nie alors les notions de Bien et de Mal, au centre de la vie en
communauté.

" Ce que la série offre comme solution est assez radical: pour s’adresser à l’autre, on doit d’abord déposer les armes à ses pieds, voire se dépouiller entièrement."

--> C'est tout à fait identique dans la vraie vie. La politesse, la savoir-vivre, sont une forme de dépouillement. L'on pose alors les armes à terre dans l'espoir que le type en face fera de
même.

" Et à ce stade, on aurait du mal à montrer que cette présentation des relations intercommunautaires n’est pas une critique réactionnaire du libéralisme classique, qui fait du consentement éclairé
le principe de toute relation juste."

--> Là, il faudrait définir ce qu'est le consentement "éclairé". Car de nombreux consentements peuvent être qualifiés d'injustes. Et si l'on en vient à définir la justice par rapport à la
connaissance qu'un individu a des aliénations qu'il permet volontairement, là encore, l'on risque de connaître quelques surprises. C'est souvent parce que les bourreaux obtiennent un consentement
éclairé qu'ils sont bourreaux.

"Après tout, les vampires ne subissent pour ainsi dire aucune injustice et en commettent davantage."

--> C'est tout à fait transposable dans le réel des pays occidentaux à l'heure actuelle.
Ce n'est pas la justice qui commande mais le paraître et la conformité aux dogmes sociaux présentés et imposés comme inattaquables. Il ne s'agit alors plus de chercher du sens et de la logique,
mais de comprendre ce qui permet de détourner le raisonnement sensé d'un résultat non admis.

L'un des aspects assez étrange de la série réside dans la capacité de Sookie à lire les pensées. On ne peut pas dire que ça lui profite. Elle est encore serveuse dans un bouge d'un trou paumé.
Perso, même sans y penser pendant des semaines, si j'avais ce don, je pense que je trouverais rapidement deux ou trois manières de l'exploiter très efficacement.
Elle ne trouve le bonheur qu'avec une personne qu'elle ne peut pas "lire".
L'ignorance est donc le message ultime. Pour vivre heureux, ne soyons pas tributaires de sens qui pourraient nous en apprendre trop sur ceux que nous idéalisons.

Bon, il y aurait encore pas mal à dire je pense sur cette série.
Je la trouve sympa en tout cas. ;o)


R. 04/08/2010 22:07



Merci de placer le curseur de la polémique à ce point d'intensité. Je vais essayer de rendre les choses plus claires, quand bien même, nous ne pourrions pas être d'accord. Car il est sans doute
plus utile de savoir qu'on ne pourra jamais s'accorder plutôt que de provoquer un consensus flou et mou. Au moins, nous savons que nous trouvons tous les deux True Blood assez cool !


Si vous le permettez, je vais suivre votre procédé, parce que je n'arriverai pas à répondre de façon synthétique à toutes ces remarques (dont certaines sont justes et d'autres assez...
injuste). 


Je commence par le plus simple.


 


 


A propos de Lafayette qui pète la gueule des blaireaux, vous écrivez :


 


"Ne pas manger un steak permet à quelqu'un de se montrer violent : magnifique preuve de tolérance et d'attitude éclairée.


Cela sous-entend que, si l'on n'adhère pas à l'idéologie dominante (en l'occurrence, de nos jours, une idéologie victimisatrice et masochiste), l'on mérite de se faire péter la gueule"


> Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'il vient juste de se faire INSULTER. Ne reportez pas la faute sur celui qui réplique à la violence...  C'est précisément ce que j'essayez de
présenter synthétiquement juste avant dans l'article : " une minorité peut devenir réellement dangereuse, parce qu’en réaction à sa marginalisation, elle peut répliquer par la violence."


 


 


A propos de cette dernière phrase, je vous cite et j'essaie de préciser ce que je comprends :


 


"cela implique une oppression délibérée de la part d'une culture dominante. Les faits actuels dans les pays occidentaux démontrent plutôt l'inverse"


> Vous semblez considérer qu'il n'y a pas d'oppression délibérée de la part d'une culture dominante. Et vous parlez au contraire d'impuissance, puisqu'on ne parvient pas à faire passer devant
la justice tous les crimes commis par ces mêmes minorités. 


Je ne sais pas à quel point le problème de l'impuissance de la justice face au crime est ancien. Mais il me semble assez ancien pour ne pas être spécifique aux débats récents sur les minorités
(ce qui ne signifie pas que cette question ne soit pas importance, cela va de soi).


"Cela relève d'un sentiment de culpabilité totalement infondé, car il découle d'une interprétation moderne de faits anciens."


> Bien sûr, à partir de là, on est assez loin de l'allégorie. Mais je vais être aussi direct que vous. L'interprétation de faits anciens à partir de valeurs modernes ne me pose aucun problème.
Au contraire, même, je l'appelle de mes voeux. Qu'on juge l'histoire, encore et encore. Parce que c'est tout simplement ce que le progrès suppose. On ne tolère plus l'esclavage, ni la domination
domestique des femmes, ni le sacrifice du premier né. Tant mieux. Est-ce que j'ai envie de citer Nietzsche pour expliquer combien toute vie est domination et réinterprétation...? Oh oui... mais
bon, je m'arrêterai juste là. Si j'étais historien, soucieux d'établir la vérité, je vous soutiendrai et je condamnerai toute forme d'anachronisme, parce que l'histoire consiste bien à comprendre
une culture passée, y compris dans ses aspects les plus inhabituels pour nous. Mais quand il s'agit de vivre, et d'espérer progresser, ou rendre la justice moins impuissante, l'anachronisme est
un faux problème. Et pour prévenir tout faux problèmes : ce n'est pas être schizophrène que de séparer les principes de la recherche historique du reste d'une vie bien humaine. 


 


 


A propos de la nocivité des vampires :


"Si une communauté est réellement "nocive", le bon sens veut qu'on ne lui confère pas de droits (à moins d'être complètement stupide)."


Right ! Ce que j'entendais par "réellement nocive" est vraiment à préciser. D'abord, les vampires ont mangé de l'humain par le passé, et ça fait partie de leur nature. C'est cette qualité
essentielle qui les a défini comme vampire. Le point génial de la série est que cette qualité essentielle devient secondaire en raison de l'apparition du True Blood. Que reste-t-il à une
communauté quand elle doit se redéfinir à ce point ? Au fond, dans le cas précis des vampires de True Blood, on peut dire qu'ils pourraient se contenter de la vie tranquille de tout le monde (le
vampire qui donne son sang à Lafayette dans la première saison semble pouvoir s'en contenter – et les vampires qui font le reste de la série pourrait n'être que quelques individus influents mais
peu représentatifs).


Mais la série ajoute un élément assez perturbant – et qui radicalise la question de l'identité bien plus que dans la réalité. Les vampires sont des prédateurs par nature. Ils ne viendraient à
personne de dire qu'un blanc est catholique par nature, ou qu'un haitien est adorateur des dieux vaudous par nature. Car, nous avons contrairement aux vampires, une culture, et donc une
souplesse, qu'on ne leur prête pas dans la série. 


C'est ce point de vue naturaliste qui pousse si loin la confrontation dans la série. Et c'est ce point de vue naturaliste que vous et moi refusons d'adopter. Si même nous pourrions être critique
à l'égard des compatibilités des cultures entre elles, on parlerait encore de cultures. 


Donc oui, c'est une allégorie, ces trucs de vampires, mais qui ne sont que l'actualisation d'une hypothèse politique très réelle, naturaliste et donc quasi-raciste. Et à mon sens, c'est bien le
sens que prend le débat des minorités aux Etats unis. Ils ne sont pas culturalistes, mais bien naturalistes tant ils parlent de races ou d'orientation sexuelle innée. 


Enfin, quand vous et moi pensons sans doute qu'on puisse établir un pont entre les hommes qu'on appellerait la culture, la série prend une position tout à fait folle et parle plutôt de sacrifice
complet de soi (façon Godric/Christ-Bouddha) comme si rien de son identité n'était justement négociable, comme si nous étions tous faits d'une pièce...


 


 


A propos du discours de droite sur les minorités.


"Il suffit de regarder comment sont considérées les minorités sous les régimes communistes. Que ce soit l'ancienne Russie soviétique ou l'actuelle Chine, il ne me semble pas que ces doctrines,
très à gauche, aient pu faire montre d'une grande tolérance envers qui que ce soit."


> Oui, à ceci près que le monde de la série, et notre monde à nous (si j'en déduis que vous habitez la France parce que vous parlez français) est un monde démocratique et libéral, qui baigne
dans l'économie de marché. Donc évidemment la Russie soviétique avait une tendance universaliste si forte qu'elle déportait sans hésitation des peuples entiers. Mais dans notre univers politique,
le discours de droite (qui suppose la liberté de choix de chacun un peu faussement) pose le problème du point de vue du choix : "vous avez le droit d'être différent, mais alors soyez cohérent et
faites aussi le choix de quitter le territoire." Je n'ai pas besoin de précisez à qui je pourrais attribuer ces mots. Ni à quel point ce discours est défaillant quand il fait de l'identité un
problème entier de choix.


 


Je reprends juste un dernier commentaire... parce que, pour le reste, je suis assez d'accord dans le fond et même intéressé par ce que vous écrivez. J'aurais aimé parler plus de cette "terreur de
l'intimité" parce que c'est le coeur de la série. Et parce que cet amour aveugle, sans miroir, presque sacrificielle, est sans doute ce qui m'a le plus touché. Mais je vais finir sur un point de
désaccord (ehehe).


"J'avoue que j'ai du mal à considérer l'orientation sexuelle d'un individu comme fondatrice d'un ensemble culturel."


> Je ne reviens pas sur l'homosexualité d'Alan Ball, sur les références assez directes à l'homosexualité elle-même. Au mieux, j'accepte que ce soit une grille de lecture parmi d'autres.
Certains pensent que ça parle plutôt des noirs afro-américains...


Mais cette grille de lecture-là me semble la plus exhaustive et la plus pertinente. Parce qu'être gay n'est pas qu'une orientation sexuelle. Ou être hétérosexuel n'est pas non plus qu'une
orientation sexuelle. Si tel était le cas d'ailleurs, personne ne serait gêné de voir des sexualités diverses et variées partout dans la nature. Tout le monde pourrait se dire, à la façon d'un
sexologue qui voit passer un peu de tout : "eh, nervermind, ce n'est qu'une sexualité parmi d'autres..." Et personne ne se dit ça. La sexualité n'est pas une chose aussi minime que le nom
"homosexuel" le laisse penser. Nous avons tous la fâcheuse tendance à créer des liens au moment où nous couchons les uns avec les autres. Le gay est celui qui aime les hommes. Foucault rappelait
combien la société est généralement tolérante avec les sexualité déviante tant qu'elles ne produisent aucun lien. Ce qui pose problème, c'est l'amour. Et c'est exactement le sens de la série à
mon sens. D'où la pertinence de cette grille en particulier.