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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 17:18

 

Le principe de cette nouvelle rubrique "Sexy Doxography" est de faire une doxographie sexy. C'est-à-dire faire une liste des opinions courantes autour d'un sujet contemporain. Nous nous situons dans la grande tradition aristotélicienne (super marrante) avec une combinaison en skaï en plus. Puisse la Lumière de la Raison éclairer nos idées confuses tel un spot langoureux le corps d'un strip-teaseur trans dans un bar de Louisiane.

 

 

 

Aujourd'hui, la burqa, un thème chaud... Hmm... Brûlant... Tschhhhh...

 

 

 

 

 

 

 

 

Synthétisons d'abord froidement...

 

Les arguments contre la burqa sont de six types. Tous les six sont très facilement relativisables sur un plateau télé. Mais ces relativisations pèchent toutes par leur confusion. On commencera donc par les arguments contre le port de la burqa, et on présentera leurs critiques à leur suite. Comme ces critiques s'appuient sur une relativisation générale, avec de petits exemples rigolos (le string, la nonne, le gang bang, se balader à poil), pour plus de clarté, on compilera ces exemples et leurs critiques à part, en bonus. 

 

Il est important de noter que le débat a lieu essentiellement entre des républicains et des démocrates, qui s'empoignent sur le degré de liberté souhaitable en France. C'est donc un débat d'occidentaux, et même précisément de républicains français. Aucun argument traditionaliste ou naturaliste n'a encore émergé – ce qui est sans conteste un signe de progrès. Et aucun homme musulman (pourtant mis en accusation directement) n'a encore défendu le port de la burqa sur un plateau télé – ce qui n'est en revanche pas un signe de progrès. Soyons honnête, il se ferait bouffer tout cru, et ferait assez vite basculer le débat. Mais la critique la plus courante est philosophique. Il s'agit (encore et toujours) du problème du consentement libre : "une femme qui veut porter la burqa est-elle libre ?" Une fois atteint ce moment du débat, les partisans démocrates d'un consentement libre inconditionné s'opposent aux républicains paternalistes. Ceux-ci soumettent l'appréciation du consentement libre à une éducation, et à une émancipation individuelle du poids des traditions. Alors que les libéraux admettent que le consentement libre, c'est-à-dire le simple choix, suffit à rendre légitime le port du voile, même si celui-ci n'est pas franchement une promesse de plaisir. Petit coup de démêlant en forme de bonus final.

 

 

 

 

(1) L'argument féministe, ou dit encore argument de "l'égalité républicaine entre les hommes et les femmes" 

 

- Utilisé par Nicolas Sarkozy, Elisabeth Badinter, Fadela Amara, Luc Mélanchon... et Martine Aubry (bien que cette dernière ne soit pas favorable à une loi)

 

 

feminisme.jpg

 

Le féminisme comme on l'aime ! - source.

 

Le port de la burqa est une atteinte aux droits des femmes, et de façon plus générale, une atteinte à l'égalité entre les citoyens. Pour cette raison, l'interdiction doit être totale. Le port de la burqa suppose en effet l'adhésion à des valeurs sexistes. Car la burqa n'est portée que par des femmes sous le prétexte qu'elles doivent n'être vues et désirées que par leurs maris. L'épouse est donc conçue comme inférieure à son mari (l'obligation n'est pas partagée, l'isonomie n'est pas respectée), et partant, c'est la femme en général qui est conçue comme inférieure à l'homme. Le mari, en se réclamant de cette tradition, impose purement et simplement sa volonté à sa femme, et partant porte atteinte à la dignité de son épouse.

 

* Un bon démocrate persuadé de son libre-arbitre ne pourra pas s'empêcher de s'exclamer : "Et si c'est elle qui l'a voulu ?" La critique de cet argument consiste donc simplement à ouvrir le grand labyrinthe du consentement libre, et à se perdre avec délectation à l'intérieur. Voir notre rubrique "Suis-je libre, moi qui dis que je suis libre ?"

 

* Si c'est une question d'égalité et de principe, il faut reconnaître qu'on oublie sciemment à mon avis que le foulard soulève exactement le même problème, en moins spectaculaire. On l'oublie parce que ce serait revenir sur ce qui avait fait le consensus quelques années plus tôt. Elisabeth Badinter ne l'a pas oublié en tout cas, et souligne dans une interview qui date d'octobre 2008 à RTL que le foulard islamique ne respecte pas non plus le principe d'isonomie. Le foulard comme la burqa sont à ce titre contraires aux valeurs de la République. Vous pouvez jeter un oeil ici pour approfondir.

 

* Argument préféré des relativistes : Et que faites-vous des femmes de cheiks saoudiens qui arrivent en burqa ? La question semble se régler assez naturellement dans la mesure où en France, ces femmes auraient tendance à retirer leurs voiles sitôt arrivées sur le sol français. En réalité, c'est avec l'Europe que des problèmes se posent. Car l'Angleterre va devoir mettre en garde à ses ressortissantes entièrement voilées si la loi française rend leur déplacement sur le territoire français interdit. Une future scission de l'Europe...? 

 

* Sur un plateau télé (On n'est pas couché, 22 mai 2010), Christine Bravo, citoyenne ordinaire de son état, a avancé un argument assez inédit : si l'obligation de se voiler était symétrique, le port de la burqa masculine comme féminine ne lui semblerait pas injuste. L'argument n'est pas idiot, puisqu'il permettrait au moins de gommer l'aspect sexiste. Mais le port de la burqa en certains lieux serait encore une atteinte à la laïcité. 

Il est tout à fait possible de botter en touche sur le problème du consentement libre, pour souligner de toute façon l'atteinte à la laïcité (mais alors l'interdiction ne devra pas être totale).

 

 

2) Argument de la laïcité.

 

- Utilisé par presque Nicolas Sarkozy au congrès de Versailles le 22 juin 2009, puis plus personne...

Le port de la burqa est un signe religieux ostentatoire. Le port doit donc être interdit au même titre que tous les autres signes religieux ostentatoires, car ils sont contradictoires avec le principe de neutralité de l'Etat. Mais dans ce cas, il n'est interdit que pour les fonctionnaires en service. L'interdiction de la burqa ne peut pas donc être totale. En outre, se posera encore la question de la coexistence de ce signe religieux qu'est la burqa avec le reste du champ culturel français.

 

Remarque : cet argument est évident, puisque le problème du foulard a déjà souligné les limites du port du foulard. La loi concernant la laïcité ne ferait donc que s'appliquer mécaniquement. On ne résoudrait donc pas le problème fondamental, qui rend la burqa si choquante pour la plupart des français, et qui pose la question des valeurs culturelles. 

 

* La commission parlementaire, favorable pourtant à la loi, a néanmoins fourni un argument qui empêche de poser le problème sous l'angle de la laïcité. Un argument d'une condescendance infinie. Et surtout un argument politique. Le voici : la burqa n'est pas qualifiée de pratique islamique par les "spécialistes", elle ne relève que du droit coutumier. Bref, la burqa n'est pas musulmane, dixit l'UOIF. Le problème de cet argument au napalm est double, mais disons qu'en gros, il dissout tout et brûle tout le monde. D'une part, si la burqa finalement c'est une sorte de fantaisie inspirée par des pays eux-mêmes fantaisistes et non musulmans, pourquoi tout ce foin sur la question identitaire ? D'autre part, qui peut dire ce qui est musulman ou non? Serions-nous plus traditionalistes que les musulmans eux-mêmes ? Nos hommes politiques de droit qui expliquent aux musulmans ce qui est musulman et ce qui ne l'est pas, ça c'est vraiment à mourir de rire. On fait surtout semblant de croire que la religion musulmane est constituée par une orthodoxie, alors qu'elle ne l'est pas – ce qui est pour le coup une preuve d'ethnocentrisme flagrant. Cet argument est surtout une occasion pour la France de donner vie à cet Islam français qui arrangerait tous les hommes politiques.

 

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Crucifiée sur l'autel de la mauvaise foi !?

Bettina Rheims - source.

 

3) Argument de la politesse. 

 

- Utilisé par Jean-François Coppé, Elisabeth Badinter, la HALDE.

 

On doit voir le visage d'autrui pour communiquer avec lui. La burqa cache ce visage. Je ne peux donc pas communiquer avec autrui. 

Mais l'argument existe aussi sous une forme plus lévinassienne et plus agressive : autrui me définit par son visage, si je ne le vois pas, je ne suis pas interpellé par lui, et n'étant pas interpellé par lui, je perds l'intersubjectivité qui me constitue (nb : personne ne se pose la question sur msn...). Je suis donc nié moi aussi par la burqa, car considéré comme non-égal par la femme qui porte la burqa. Et Coppé se serait presque mis à pleurer devant cette femme en burqa sur le plateau de Thierry Ardisson. 

Enfin l'argument existe sous une dernière forme : je ne peux pas me ballader à poil dans la rue, ce n'est pas poli. La burqa pèche par excès inverse. 

 

* Critique : l'argument est d'une faiblesse abyssale. Il se place certes sur un terrain intime, qui touche assez facilement les citoyens ; mais correctement formulé il revient à dire : "porter la burqa n'est pas poli." Or la loi ne peut tout simplement pas nous obliger à sourire, à parler à visage découvert ou droit dans les yeux à tout le monde. L'argument est sans doute intéressant, car c'est la première fois que la phénoménologie a autant à dire sur le fond, mais c'est tout simplement hors sujet.

 

* D'autre part, se promener nu n'est pas interdit partout. Et surtout, ce n'est pas tout à fait la même chose, puisque c'est une prescription universelle, dans tous les pays du monde, que de ne pas se promener nu. La burqa n'est donc pas touchée par cette prescription, puisqu'elle habille. Le raisonnement du bon sens, ici est caduque. Ce n'est pas parce qu'une chose est interdite que son inverse devra l'être aussi. 

 

 

4) Une question de sécurité.

 

- Utilisé par Jean François Copé, Nicole Ameline, Manuel Walls.

 

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Une question de sécurité ? - source.

 

 

La burqa empêche de voir le visage. Or dans un souci d'identification en cas de délit, il est utile de voir le visage pour pouvoir reconnaître l'agresseur. Bien sûr, il n'est pas juste de considérer que toutes celles qui portent la burqa sont des criminels en puissance, mais on peut être criminel et porter la burqa comme un braquage en burqa l'a prouvé (sans doute non dénué d'humour). 

Un autre argument a été avancé en 2008, par la Halde. Enseigner à des femmes qui portent des burqas n'est pas possible car cela pose des problèmes d'identification, voire de prononciation. Franchement, là, on pourrait simplement rire. Il faut rappeler que les femmes immigrées qui demandent la nationalité française sont censées apprendre le français pour obtenir leur carte d'identité.

* A cela, il est souvent répliqué que la cagoule ou le masque, ou tout ce qui pourrait cacher le visage pourrait également être mis en cause. Mais il ne s'agit que de celles qui sont portées lors de regroupements supposés dangereux. Or la plupart des femmes interrogées acceptent de montrer leurs visages lorsque le contrôle d'identité est nécessaire.

 

 

5) Argument identitaire. 


- Utilisé par Eric Zemmour, Elisabeth Badinter.

 

La burqa n'est tout simplement pas conforme aux valeurs françaises, soit traditionnelles, soit républicaines (les deux arguments peuvent être très différents, mais tous deux considèrent cette fois le problème sous l'angle des valeurs, et donc de l'histoire). Badinter ou Zemmour prennent tous les deux l'argument de l'histoire à défaut de celui de la tradition. Badinter est fière de ces femmes qui se sont battues pour l'égalité des droits entre les hommes et les femmes. Et Zemmour est fier de l'histoire française, notamment fondée sur une présence catholique et monarchiste – mais je n'ai pas lu son bouquin, alors je ne sais pas ce qu'il met d'autre dans cette identité française. Sanctionner celui ou celle qui n'y obéit pas est juste dans la mesure où ce sont ces femmes qui portent la burqa qui s'excluent d'elles-mêmes (ce qui peut être dit de n'importe quel délinquant ou criminel). La sanction du port de la burqa n'est donc pas une faute.

L'argument identitaire se redouble d'un argument de "bon sens universel" : obéir aux coutumes de son pays est le minimum requis pour vivre en société.

* Premier problème : qui décide de ce qui est traditionnel ou non? Ne devrions-nous pas tous être catholiques ? ou monarchistes ? A partir de quand commence cette tradition ? C'est le prof d'histoire qui décide ? Là, c'est le moment où tout le monde d'un peu raisonnable constate l'échec du débat sur l'identité nationale. Pour le coup, il faudrait aussi être un vrai bon relativiste pour être un bon historien, car la nation semble bien une illusion construite de toutes pièces (et qui n'a somme toute que deux cents ans de vie contre je ne sais pas combien de siècles pour la monarchie).

* L'argument des valeurs républicaines là aussi tombe sous le coup de la critique relativiste. L'argument de Badinter d'ailleurs se redoublait d'une argumentation assez baroque où elle demandait en substance que, puisque les Françaises dans les Emirats Arabes se soumettent à l'obligation du voile, les femmes de ces pays se soumettent à nos lois quand elles passent la frontière. Or si les droits des femmes sont bel et bien universels, on ne devrait d'emblée pas porter le voile quand on arrive à Dubaï. Et donc Badinter devrait commencer par contester en toute logique ce premier état de fait.

 

 

 

burqa-marilyn.jpeg

source


 

6) Argument politique. 

 

- Utilisé par Elisabeth Lévy ou Caroline Fourest, mais en fait tout le monde (et les socialistes en premier).

 

Il faut résister à la signification de cette burqa, qui est l'exportation d'un programme islamiste en France. La burqa n'est que la partie émergée de l'iceberg. Elle est le début d'un programme d'affaiblissement des valeurs occidentales. Voire un défi lancé sciemment par les islamistes, qui se frottent les mains de l'embarras dans lequel se trouvent les Français. On est à la limite de l'argument conspirationniste... 

 

* Dans les deux cas, on évite de poser les questions de principe. On s'écharpe sur les calculs d'intérêts des uns et des autres. Les journalistes politiques jouent au petit Machiavel, en nous expliquant les coulisses très humaines des manoeuvres politiciennes. Les historiens font de l'histoire et les sociologues de la sociologie, alors qu'on s'en fout. Le débat concerne nos valeurs, et plus profondément s'il doit justement y avoir un "nos valeurs". Or, nos petits experts empêchent tout débat sur ces valeurs. Concrètement, on n'a donc pas du tout tranché la question qui pourtant a interpellé tout le monde : la France a-t-elle des valeurs qui justifient l'interdiction d'un acte apparemment librement consenti ? Et peut-on dire que ces valeurs sont universelles ?

 

 

 

 

Sooraya2.png

 

Sooraya Qadir des New X-Men : le comic freakosophique !

source.

 

 

 

Pour discréditer le port de la burqa, on la compare souvent à :

1) Porter un string ou faire un gang bang.

2) Se balader nu.

3) Les religieuses.

4) La pornographie.

 

A mon sens, ces comparaisons sont toujours assez fausses, et devraient obliger à s'interroger sur le sens qu'on donne à ces topoï, plutôt que sur celui de la burqa (qui est assez net et peu ambigu).

 

1) Porter un string n'est pas une atteinte à la dignité de la femme. Car porter un string n'est pas une soumission à une tradition quelconque. Ou bien l'admettre revient à faire de chaque choix la soumission à une tradition. Même dans ce cas, on reconnaîtra que le port du string n'est pas une tradition constituée. Il n'est obligatoire en aucun cas pour une femme, et est modulable. Si un gros beauf vient nous expliquer qu'il est obligatoire pour une femme de porter un string, on peut lui faire deux remarques : (a) rien ne l'y oblige, à moins de vouloir plaire à cet homme. Or rien, dans le fait d'être une femme, ne rend obligatoire de plaire à un tel homme – affirmer qu'on est obligé de porter des strings pour plaire aux hommes est un argument de mauvaise foi (qui annihile tout sens de l'obligation par ailleurs). A l'inverse le port de la burqa est obligatoire pour toute femme à moins d'être exclue du pays ou de la communauté où la burqa est obligatoire (à tel point qu'une étrangère devra se conformer à l'équivalent "light" qu'est le voile). Si on est une femme, dit cette tradition très récente (et qu'elle soit légitime ou non est le problème des musulmans), on doit porter le voile. (b) Le port du string lui, n'est pas obligatoire, mais en plus, il est modulable, et ne fait l'objet d'aucun interdit. On peut le mettre à la plage, ou sous un pantalon. On peut le mettre quand on est un homme ou quand on est une femme (il en va de même des talons aiguilles).

 

2) Se balader nu n'est pas comme porter une burqa. Cf argument de la politesse.

 

3) Les religieuses ne portent pas atteinte non plus à l'égalité des femmes. Dans le cas de la religieuse, on se rapproche de cette isonomie religieuse qui pourrait servir à tolérer la burqa. Les hommes en effet sont eux aussi soumis aux mêmes règles vestimentaires, modifiées toutefois, et sans doute un peu plus favorables (la robe de bure c'est plus sympa que la coiffe de la religieuse). Et ce qui est en cause c'est une soumission égale à Dieu, et non à l'homme (pas l'homme en général, mais celui dont les organes génitaux sont externes et pendouillants). L'argument de la religieuse ne tient pas dans la mesure où son habit n'est pas l'objet d'un mariage avec l'autre sexe. L'habit n'est donc pas le signe d'une soumission à un homme, et donc n'enfreint pas le principe d'égalité des hommes et des femmes.

 

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L'appel du seigneur peut prendre des voies détournées...

source.

 

4)  Jouir d'un bukkake en plein gang bang. Là encore, c'est oublier le libre choix, et tout changer d'emblée en tradition (la femme qui est en position de "recevoir"  ne peut pas être considérée comme a priori soumise à la tradition des bukkake, ni à la tradition sexiste). Organiser un bukkake entre la table basse et le canapé n'est pas dégradant, puisqu'il peut être organisé librement. Un bukkake ne promet pas une soumission durable à loi religieuse du bukkake. A supposer même que le fantasme incarné soit celui d'un semi-viol, et d'une humiliation sexuelle, il reste un fantasme ou un jeu réalisé le temps d'un plaisir privé. Si on portait la burqa pour soi, comme un fantasme, il n'y aurait absolument aucun problème. Certains journalistes malins pensent que la pornographie est d'emblée une atteinte à la dignité des femmes, et se servent de cet argument contre la burqa. Ils trahissent plus leur propre machisme qu'ils ne servent leur cause.

 

Les méandres du consentement libre. C'est l'ultime complication de tout débat sur la burqa : peut-on porter la burqa librement ?

 

 

Soit on considère comme suffisant ce critère de consentement libre, parce qu'on suppose que tous les hommes sont libres, par nature, absolument, sans degré. Soit on considère qu'un choix libre n'est libre que si on remplit quelques conditions, comme être éduqué, ne pas être dans la misère, etc. La première position est celle du libéralisme politique naïf (même John Stuart Mill, le père du libéralisme anglo-saxon admettait que seuls les individus éduqués et raisonnables pouvaient accéder au libre arbitre). La deuxième est celle du paternalisme, qui définit a priori les conditions d'un choix libre authentique. Dans ce deuxième cas, on s'écharpe régulièrement pour savoir quels sont ces critères et au nom de quoi ils sont justes. 

Le problème est généralement qu'on traite de deux types de ports de la burqa : il y aurait des femmes qui seraient obligées de le porter, mais qu'on entend peu à la télévision, et pour cause (étant obligées de le porter, et dans un cas de soumission, elles n'iront pas se porter volontairement au devant des caméras). Dans ce cas, l'accord est unanime pour dire que le port de la burqa devrait être puni par la loi, même Mahmoud Doua, membre de l'UOIF, qui défend le port du voile au nom de la liberté, reconnaît dans ce cas une absence patente de liberté. 

Mais il y a toutes celles qui témoignent et qui affirment le porter librement – souvent de fraîches converties, et qui sont toutes passées par la même école républicaine censée enseigner le sens critique. Mais comment faire la différence entre un discours authentique de liberté et un faux discours de liberté ? Le plus enchaîné des hommes ne serait-il pas encore capable de croire qu'il est libre...? Dans ce cas, Mahmoud Doua parle alors de crise d'adolescence, mais légitime comme toutes les crises d'adolescence. On a beau différencier en théorie ces deux sortes de femmes, en pratique, la différence est presque impossible, tout comme il est presque impossible de faire la différence entre un adulte qui a l'âge d'un adulte, et d'un adulte irresponsable qui a une mentalité d'enfant. La loi ne peut pas s'appuyer sur un tel distingo subtil. Néanmoins, et c'est mon dernier point, la loi s'est-elle arrêtée à ce détail au moment de donner la majorité à des garçons et des filles immatures de 18 ans ? Elle les déclare responsables, même s'il ne le sont pas, et ils répondent de leurs actes devant elle. En ultime ressort le débat sur le consentement libre semble donc encore un écran de fumée de plus pour ne pas parler des questions de principes.

Bon débat.

 

 

Sooraya.jpeg

 

 

Sooraya Qadir des New X-Men again ! - source.

 


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