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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 10:11

 

Henry Cavill aime son costume. C'est le principal. On veut tous qu'il soit content moulé dans sa combinaison bleue. Mais l'évidence, l'éléphant dans la pièce, dont on ne parle pas assez – sauf Closermag.fr -  qui "pose les bonnes questions mais apporte les mauvaises réponses" – c'est que Superman a perdu son slip.

 

 

Le défroquage de Superman est dans la droite ligne du nouveau design de DC. La "distinguée concurrence" avait déjà rebooté le costume depuis les All New 52's en 2011, et raboté le slip. Le design de Jim Lee ne laisse plus apparaître qu'une ceinture rouge et comme des plaques sur le costume géométrisant les muscles. Le costume est devenu une armure qui protège le héros, augmenté d'une cape qui ne sert à rien. Néanmoins, tout l'aspect graphique du slip rouge est perdu.

Si cette version de Superman doit son costume au comics, il ne fait pourtant que suivre une autre tendance de tous les films de super-héros depuis les années 90 supprimant le slip. Il y avait certes eu une tendance à produire des équipe avec moins de slips (X-Factor, X-Force, ou même le relooking des X-Men par Frank Quitely) mais aucune relecture aussi flagrante d'un porteur de slip original. Le cinéma avait besoin, avant les comics, de faire disparaître le slip.

 

 

Le sexe du premier Batman de Tim Burton était ainsi recouvert par un renflement de plastique noir assez hideux. Batman rebooté par Nolan : pas de slip. Green lantern (avec le désastreux Ryan Reynolds) : pas de slip. X-men (toute la franchise) : c'est le royaume de la combi noire mais pas de slip... Avengers : à part hulk qui exhibe son panta-court, aucun...

Zack Snyder a potassé un peu le sujet pour être crédible médiatiquement, car ce petit bout de tissu est mine de rien central pour son film. Le slip représente une certaine conception de la virilité du héros. 

"Quand le costume a été imaginé en 1938, Jerry Siegel et Joe Shuster (les créateurs) cherchaient une icône de super-héros. Ils se sont inspirés des hommes du cirque qui portaient des sous-vêtements sur leur pantalon car à l'époque, montrer leur peau leur était interdit. Alors les hommes forts du cirque portaient des collants et mettaient des sous-vêtements par-dessus pour donner l'illusion de la nudité".

 

 

Comprenez : le slip rouge de Superman avait atteint un niveau inégalé de raffinement dans le voilé/dévoilé. Le slip détourne le regard de la nudité des cuisses en cachant ostensiblement le sexe derrière une boule de tissu informe (Cf Christopher Reeves : on a l'impression qu'il porte une couche rouge). La fonction virilisante du slip est acceptée comme telle, mais parce qu'elle est dans le même temps neutralisée concrètement : pas moyen de deviner où "porte" Superman. Tout ce théâtre au niveau du slip sert à détourner le regard des cuisses. Ces dernières probablement poilues risqueraient de choquer par leur potentiel érotique naturel. 

Mais le premier artifice (le slip) est redoublé d'un deuxième artifice, cette fois-ci plus ridicule : le collant.

Dans le costume traditionnel de Superman, qui doit aussi beaucoup aux catcheurs, le slip a beau être toléré, il met surtout indirectement aussi en valeur le collant. Et c'est le collant l'élément à la fois plus féminin et incongru de ce genre de costume. Seul les premiers Robin ou Namor ont été autorisé à porter vraiment un slip avec les cuisses nues. Robin car il était un enfant. Et Namor se baignait (Aquaman lui portait un pantalon sous l'eau)... Et si Wolverine pouvait montrer ses cuisses velues, c'était d'abord dans un souci de montrer à quel point cet homme était bestial. 

 

 

De là on peut déjà conclure deux choses : Superman sans slip (et sans collant) est certes moins ridicule, mais il n'est pas plus viril. La neutralisation du ridicule a entraîné la neutralisation de son potentiel érotique. 

La perte du slip a deux causes. D'une part, la massification du mythe de Superman entraîne son asceptisation. Il fallait régler ce détail pour s'adresser à un public plus large. D'autre part, les costumes de super-héros sont rabattus sur des armures ou des combinaisons militaires. Là où le costume dans un comics est d'abord signe graphique, le film tente d'y chercher une signification guerrière. 

 

 

Les costume de super-héros ont un côté extrêmement kitsch, si ce n'est "camp". Leur artificialité fait sourire, et c'est un défi de les justifier narrativement. Dans Invulnérables, l'une des scènes montre par exemple à quel point le port d'une cape est peu pratique et ridicule. Mais évidemment, ces slips kitsch sont aussi le risque important que prend n'importe quel super-héros de redevenir soudain un homme et non plus une icône, vulnérable, désirable, ou ridicule. Ce qu'on perd en théâtralité sur la scène du genre n'est pas vraiment récupéré en potentiel érotique – tout est au contraire complètement glacé. Le paradoxe est pourtant que l'acteur Henry Cavil est certainement plus dénudé et poilu qu'en son temps pouvait l'être Christoper Reeves, mais son costume le protège de n'importe quel dévoilement. Cavill serait pourtant plus sexy avec des bouts de costume déchiré laissant apparaître quelques poils ou muscles de plus. Mais le choix a été fait de faire de Superman l'emblème d'une virilité non questionnée, naturelle, invulnérable, sous prétexte qu'on ne veut pas que son costume puisse apparaître comme quelque chose d'arbitraire. Superman soudain crève de sérieux.

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Richard Mèmeteau
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commentaires

omnitech support reviews 11/09/2014 11:53

Christopher reeve was the best superman ever. I he was here right now and if he was in the place of Brandon Ruth then the film would have been epic. But it doesn’t mean that Brandon is a poor superman.