Attention nouvelle adresse du site : www.freakosophy.com
Le couperet est tombé et Hadopi, malgré une digression tragi-comique, est adoptée et en attente d'application. La nouvelle a fait le tour du net dans tous les sens possibles et les commentaires
d'indignations pleuvent en alternance avec les concerts de félicitations que s'adresse le gouvernement. Il n'est pas question ici de trancher, de s'interroger sur les fondements de la liberté
individuelle ou le statut des droits d'auteurs, ni même de trouver une parade, mais d'expliciter un terme qui sera très certainement au sommet des hits parade des moteurs de recherche les
prochains mois: le VPN (Virtual Private Network) ou mieux connu dans la langue de Molière sous le doux nom de RPV (Réseau Privé Virtuel).

En effet, cette ombre planant au-dessus des pirates a eu le bon goût de ne pas toucher la France en premier et malgré le désarroi qui semble avoir gagné le monde 2.0, les parades se sont
multipliées avant même que la sanction ne prenne réellement forme sur notre vieux continent. La Suède - patrie du "leader du monde libre" que se propose d'être Piratebay - avait déjà des
initiales pour faire trembler "l'honnête" consommateur du net: l'Ipred (Intellectual Property Rights Enforcement Directive). Cette loi, entrée en vigueur dès le premier avril, vient
compléter avec panache le principe Ikea propre au suédois. Elle permet en effet aux ayants droits de collecter les adresses internets (IP) des pirates. En gros tout comme vous devez monter
vous-même, avec bonheur, votre magnifique bibliothèque Billy ou votre buffet Besta, les maisons de disques ou autres officines de distribution ont le droit de s'informer sur les flux qui
portent leur création et donc de remonter sans la moindre tracasserie juridique vers l'auteur du méfait afin de le traduire en justice. L'effet ne s'est pas fait attendre et on a observé
une baisse de trafic général sur le réseau de près d'un tiers. Mais à tout mal son remède et il est clair que malheureusement une loi n'est jamais totalement fille de son époque. Les
solutions de contournement étaient donc déjà prêtes.
C'est tout naturellement que le journal Le Monde ne manquant jamais à son devoir d'information nous rappelle avec malice au moment même de l'adoption de la loi Hadopi les
moyens de la contourner dans un article du 13 mai 2009.

Passé ce petit moment de chauvinisme se présente alors une solution plus sérieuse et qui semble déjà faire ses preuves: ipredator. Rien qu'au nom on sent déjà qu'on ne rigole plus et que
l'efficacité fait place au mignon et à la simplicité. Ce sentiment est renforcé par l'origine du soft: Piratebay.
Pour les néophytes, Piratebay c'est un peu l'alliance rebelle sans les coupes de cheveux des années 70. Ils sont à la fois l'étendard de la résistance et un service après vente de martyr du net puisque les trois fondateurs (Peter Sunde, Fredrik Neij, et Gottfrid Svartholm Warg) viennent d'écoper en avril d'un an ferme et près de trois millions d'euros d'amende. On n’est pas loin du désastre de la planète Hoth - mais tout bon fan sait déjà qu'une défaite ne peut être que provisoire. Et la riposte a déjà un nom: DDo$. Mais revenons au système général dont le principe est simple et juridiquement retors : le site n'abrite aucun contenu mais fonctionne comme un gigantesque annuaire de liens qui redirige l'internaute vers différentes sources à partir desquels le fichier peut être téléchargé.
Ipredator c'est un peu le Han Solo du net: il te fait passer ce que tu veux où tu veux quand tu veux pourvu que tu le défrayes et qu'il y ait une jolie fille à bord. En l'occurrence ici la
mise est d'environ 5 euros par mois pour circuler loin des yeux de l'Empire sur le net.

Excepté la dernière solution, le lecteur un peu porté sur la technique se rend compte qu'un schéma général se dégage. Il y a un élément commun à tout ce qui nous est proposé: le
VPN.
Peer2me, Ipredator et bientôt l'armée de clones qui va les précéder utilisent tous le même principe. Ils créent des tunnels cryptés entre chaque utilisateur pour rendre inopérant
toute surveillance. L'astuce est vieille comme la guerre: le tunnel est toujours la solution la plus sûre pour passer inaperçu et se déplacer sans que l'ennemi puisse interpréter
nos mouvements. Ce système connecte deux réseaux discrets (en l'occurrence votre machine lorsque vous êtes un utilisateur lambda) au travers d'un réseau plus vaste mais surveillé:
internet. Cette liaison se fait au moyen d'un protocole de tunnelisation (encapsulation en bon français) qui va mettre en œuvre des protocoles de cryptage afin qu'il n'y ait pas de
mauvaise surprise pendant le transfert. On utilise donc internet comme milieu de transmission mais les données qui transitent sont protégées. Seuls les ordinateurs des réseaux
locaux qui possèdent les bonnes authentifications peuvent interpréter ces données. Ipredator fonctionne comme un système passerelle: vous vous adressez à lui en clair et c'est lui
qui code la totalité de vos actions. En somme, vous payez 5 euros car vous louez les serveurs de PirateBay pour assurer le cryptage de vos communications internet quelles qu'elles
soient. C'est une sorte de gigantesque machine à anonymat que ce site tente de mettre en œuvre. Lorsque vous êtes sur le net il n'est plus possible de déterminer ce que vous êtes en
train de faire: vous pouvez tout aussi bien jouer en ligne, lire vos mails ou télécharger, cela ne fera aucune différence pour les FAI ou les sociétés de surveillance puisque pour
elles plus rien ne sera visible, de la même façon que lorsque vous regardez au loin une voiture entrer dans un tunnel, vous ne voyez pas ce qui se passe à l'intérieur.
Le côté obscur de la force ?
Mais ne nous réjouissons pas trop vite car la chute de l'Etoile Noire n'est pas toujours celle de l'Empire et certaines victoires préparent aussi des déconvenues. Le plus
étonnant ici, c'est que dans cette quête de liberté on adopte à la hâte des solutions qui ne valent pas tant par les énigmes qu'elles résolvent que par les problèmes qu'elles
posent en retour. Et le premier est bien évidemment d'ordre moral. L'anonymat est préservé, Big Brother est aveuglé. Mais il ne faut pas être dupe d'un tel système qui déplace
la possibilité même de la surveillance de l'espace public à celui plus retors des organismes privés. Si jamais la solution de PirateBay venait à se généraliser (en près d'une
semaine la beta d'Ipredator compte déjà plus de 100000 utilisateurs) autant que cela a pu se faire dans les domaines des
échanges de fichiers, il est clair que l'entreprise détiendrait un pouvoir de l'information tout bonnement incroyable. Car contrairement à un contrôle étatique qui est par
définition localisé, celui d'une industrie se joue à un niveau mondial. Si la solution que propose PirateBay ou un concurrent s'impose (comme a pu le faire Skype par exemple
dans la VoIP) la base de donnée générée par ces systèmes aurait une importance stratégique à de nombreux niveaux. Et on voit mal quels sont les contre-pouvoirs qui pourraient
être mis en œuvre alors que dans le cadre d'un état des dispositions juridiques et parlementaires sont déjà en place. Conscient du problème, le site d'Ipredator souligne bien
qu'aucune donnée de trafic n'est conservée et on peut imaginer que dans un premier temps la bonne foi sera de mise. Mais il faut bien prendre conscience que l'anonymat n'est de
mise qu'à l'extérieur du "réseau privé" et que, techniquement, lorsque vous êtes à l'intérieur, tout est transparent pour celui qui gère la plate-forme. En allant un peu plus
loin on peut se demander, par exemple, quelle est la position que doit avoir le prestataire d'un tel service s'il se rend compte que des milliers de fichiers illégaux
(pédopornographiques par exemple) circulent en son sein. Doit-il réellement fermer les yeux? N'y a-t-il pas là l'opportunité du développement d'infractions qui dépassent
largement le simple téléchargement du dernier nanar de Besson ? Au-delà des questions techniques, ce sont des questions éthiques que posent ces systèmes et les lois qu'ils
cherchent à contourner. On ne peut donc que regretter la focalisation exclusive du débat autour de la sanction car les deux parties auraient tout intérêt à exposer au grand jour
les difficultés qu'elles auront à partager plus tard.