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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 20:00

On a tous un pote (ou une partie de notre cerveau reptilien) qui a aimé Avatar. Tâchons d’être compréhensif, affichons le visage idiot de la compassion, puis adoptons sans détour le langage sévère et brutal de la Raison. Le film est joli, mais le scénario est profondément raciste. 

On nous voit venir. Vous pensez sans doute qu’on s’émeut du non-respect des quotas, ou de ce héros blanc qui gagne encore à la fin… non c’est pire. Mais puisqu’il doit y avoir un débat sur le débat, let’s go, bandes de Naa’vi. Voici notre Prolégomène à toute critique future de blockbuster.

 

ben stiller navi

Ben Stiller est-il déjà dans la critique ? - source.
 

 

 

Dans une émission aux habitudes plus critiques, et à l’esprit plein de LOL (« l’édition spéciale » pour ne pas la citer), la critique du film par Marie Colmant se présentait en gros comme suit : « on a reproché plein de choses à Cameron, le film est peut-être nul mais il explose le box office. » 

Ceci prouve que la petite phrase d’artiste la plus importante du XXème est sans conteste celle de Warhol – pas celle qu’on connaît sur le quart d’heure de célébrité – mais celle-ci : « l’art, c’est l’art de faire des affaires. » Depuis cette petite phrase, un artiste très bien côté sur le marché de l’art n’est plus seulement un artiste qui vend, c’est aussi un bon artiste. Damian Hirst ou Jeff Koons tirant eux-mêmes les ficelles de l’offre et de la demande sont de bons artistes (cf le documentaire génial de l’anglais Ben Lewis, L’art s’explose). Et depuis cette petite phrase, un blockbuster qui fait sortir toute la petite famille de son pavillon est aussi un bon film. 

Mais il reste une étape supplémentaire à franchir pour bien comprendre la réception critique d’un blockbuster comme Avatar. Désormais un film peut être bon avant même d’être vu par qui que ce soit. N’importe quelle œuvre d’art d’ailleurs pourrait devenir, sur ce critère, virtuellement belle avant même d’exister. Si le buzz est bon, si la publicité qui est faite suscite un intérêt sur le net, et que tout s’emballe, les recettes paraissent assurées, et donc, suivant le même principe, le film est bon. Le blockbuster, et ironiquement Avatar, n’est qu’une nouvelle étape vers la virtualisation de la beauté, bien plus qu’une nouvelle étape technologique vers la représentation d’une beauté « virtuelle ». 

Warhol Dollar

Le dollar : un nouveau canon - source.
 

 

Ainsi, on a eu beau avoir reproché plein de choses à Avatar : le scénario extrêmement faible et linéaire, l’imaginaire affadi d’un parc d’attraction à oreilles rondes, les personnages aussi vides et inexistants que des avatars de forums UMP, la sempiternelle idéologie guerrière et impérialiste d’une certaine Amérique… Le film continuera à résister à toute appréciation esthétique. Faites le test vous-mêmes. Invariablement, l’argument du box office, argument warholien (mixé avec un peu de W. Benjamin), validé par le monde de l’art contemporain, ressortira – ou menacera de ressortir. Il n’y a donc aucun hasard à avoir vu s’abattre sur le film une pluie de reproches non-esthétiques.
1) Sigourney Weaver y fume trop ;
2) le film, projeté en 3D, provoque des crises d’épilepsie ;
3) il pourrait être la cause de la dépression de plusieurs spectateurs déçus que notre Terre ne ressemble pas à Pandora ;  
4) ultimement : le film est raciste…
Bien sûr, rira-t-on, tout ça n’empêche pas le film de faire parler, et donc de faire événement. Et la recette faramineuse du film d’être apportée par les journalistes comme preuve finale du buzz auto-prophétique.

Puisque rien ne pourra être dit sur la beauté du film, puisqu’il est acquis pour la plupart des gens (lecteurs de Warhol/Benjamin ou non) qu’exploser le box office constitue le caractère intrinsèque d’une œuvre d’art réussie, il faut comprendre que la critique du fond raciste du film est tout ce qui nous reste. Et c’est d’ailleurs très amusant.

 

(1) D’abord, le petit blanc est le prototype du héros de feuilleton : neutre, sans passé, sans parti pris. Lui-même est un avatar. Mais que signifie vraiment le terme « avatar » ? C’est en hindi le terme qui est donné pour parler de l’incarnation d’un dieu sur Terre. De la même façon qu’on déglace des oignons dans une poêle avec un peu d’eau, ce petit détail fait déjà remonter les sucs du racisme… Notre héros blanc va s’incarner lui aussi pour parler aux sauvages.

sam-worthington-avatar.jpg

Le réel et son double - source.

 

 

(2) Car voilà le deuxième point : les Naa’vi sont bel et bien présentés comme des sauvages, bien que dans sa bonté infinie le scénariste leur ait donné un langage inédit et un épiderme bleu de dauphin disco. Qu’ils vivent à moitié nus, qu’ils aient des petits rituels sympas, ou qu’ils montent des chevaux imberbes est assez touchant mais profondément condescendant. Ils ne sont même pas capables de construire une cabane, et préfèrent vivre dans un tronc… Quel genre de culture est-ce là ? Chaque Naa’vi qui passe à l’écran rappelle au spectateur qu’il a raison de ne pas porter qu’un pagne et de ne pas se peindre en bleu électrique. Plus encore, chaque Naa’vi qui passe à l’écran rappelle que si vous êtes pacifiste dans la vie, vous êtes le perdant. Car à la fin, tout finit en guerre, et la guerre, c’est l’affaire du petit blanc.

avatar

Un comportement animal ou une posture humaine ? - source.

 

 

(3) On pourrait nous dire : « mais non, les Naa’vi sont sympas, ce sont des personnages positifs. Et ils disent des trucs profonds comme « je te vois » mais pour dire en fait qu’ils voient à l’intérieur de nous. Mais même positifs, ils ne sont pas possibles, pas cohérents en tant que personnages. Par conséquent, leur gentillesse et leur pacifisme avec eux peuvent être souhaitables, mais restent profondément illusoires. 
Ces aliens mignons ne sont que notre fantasme d’un état de nature parfait, un fantasme que même les plus précoces des philosophes de l’état de nature n’auraient pas osé imaginer. Ils sont innocents et ô l’amour est si beau là-bas, qu’en une baisouillette sous un arbre, vous êtes déjà mariés – d’ailleurs, ils n’ont manifestement pas de sexe, puisque c’est la natte qu’il faut se tripoter... On n’échappe à un ridicule trop frontal que parce que la comparaison est voilée derrière l’alibi de la science fiction. Et encore, il est possible que vous entendiez des ricanements dans la salle, même de la part du meilleur des publics. Ces personnages font penser à certaines peintures de corps de Noirs – généralement de Africaines en train de porter des trucs sur la tête, ou des Africains à poil avec juste une lance dans la main – que les blancs de classe moyenne affiche dans leurs intérieurs, comme une amulette anti-raciste, pour dire : ils sont sauvages, mais on les aime bien. Les Naa’vi sont d’impossibles amis exotiques. Comprenez-nous bien : on peut rêver d’avoir de pareils amis imaginaires, mais marcher dans l’alibi de la civilisation lointaine est une autre affaire. Pour faire passer la pilule du « bon sauvage », on fait gober la pilule écologiste. Pourtant, les deux devraient s’annuler. Dans un monde aussi dangereux que Pandora, ces peuples arriveraient à vivre au beau milieu d’une nature dangereuse en n’étant pas plus guerriers, ou capables de se protéger… ? Ces Pandoriens si fiers ne devraient-ils pas eux aussi trouver ces humains contre-nature, laids, grossiers, et devenir racistes ? 

navigo

En route pour Pandora... - source.

 

 

(4) Le film est raciste encore parce qu’il fait adopter aux Naa’vi une thèse ridicule sur la reconnaissance politique : pour s’adresser à ces sauvages, il faut jouer leur apparence – prendre un avatar. On ne sait pas très bien si les Naa’vi comprennent qu’il y a un humain dans ce Naa’vi en treillis militaire (ils sont cons à ce point-là). Leur confusion est même comique – et c’est celle des scénaristes. Appliquez cette politique dans le monde réel, et l’effet comique là encore est garanti : pour aller en Afrique, je vais devoir me passer le visage à la peinture noire, pour aller en banlieue m’habiller en survêt, et pour errer dans les pavillons de la classe moyenne porter un sweat capuche et une crête de minet... ? La reconnaissance d’une différence culturelle passe donc par l’élimination de cette différence, ou plutôt par l’apposition d’un masque sur cette différence. Les scénaristes hollywoodiens si prompts à condamner le mensonge font pour une fois l’éloge du mensonge et de l’hypocrisie ; si bien que le paraître finit par devenir un être dans une ultime prière exaucée par Mère Nature. On aimerait applaudir, mais ce n’est pas du vrai cynisme, c’est de la candeur de contes de fées. La grenouille devient vraiment un prince charmant. Le petit blanc qui ne sait pas où est sa place devient un bon sauvage… à moins que ce ne soit le contraire.

claude-levi-strauss.jpg

Claude Lévi-Strauss : conserver la différence - source.
 

 

(5) Enfin, le film condamne la colonisation mais ne voit rien de mal à la déculturation. Car en réalité ce sont les Naa’vi qui s’acculturent, et pas du tout le héros. Même si on oublie l’angélisme, et même si on arrive encore plus courageusement à oublier la musique des Andes qui accompagne chaque paysage, on reste mal à l’aise tellement les Naa’vi sont à côté de la plaque. Car bien qu’ils prétendent avoir une connexion ADSL en prise directe avec la nature, le spectateur va bientôt être obligé de reconnaître que le petit blanc se débrouille pas mal lui aussi, et même mieux. Il cumule tous les points de vue : de l’humain, des Naa’vi, et même… de la planète Pandora elle-même qui sauve tout le monde à la fin. Il en sait donc plus que tout le monde. Enfin, il domine en quelques semaines le super prédateur de toute la forêt de Pandora, parce qu’il a compris que ce gros dragon rouge un peu bougon ne pouvait pas voir au-dessus de lui en plein vol. Bref, il suffisait de l’attaquer par au-dessus… ce que notre charmante tribu, en passant tous les jours devant le crâne d’un congénère du prédateur ailé, et depuis quelques centaines d’années, n’avait jamais réussi à comprendre. Pas besoin de développer le symbole : le Blanc voit au-delà de tous les préjugés alors que les Naa’vi respectent des traditions qui, aussi sympas qu’elles soient, sont inefficaces.

Hummmm, le goût du pragmatisme américain. Mais le meilleur reste à venir. Car, on l’a dit, le héros est aussi un prophète malgré lui – même si on avait voulu, on n’aura pas pu réunir plus cyniquement tous les clichés des films du box office. Il est choisi par Mère Nature dès le début. Pourtant, les Naa’vi ont une petite philosophie à eux, qui laisse penser que si la nature envoie des signes, elle n’intervient jamais directement. L’esprit de la forêt de Pandora, selon eux, serait pacifique et non interventionniste. Pour cette raison, les Pandoriens auraient d’ailleurs pu tout aussi bien se passer d’un dieu quelconque, puisqu’il ne leur sert jamais à demander quoi que ce soit. Sont-ils sages et humbles, doux et érudits ? Non… ils ne voient pas le signe, et finissent par être lâches en prenant les armes trop tard. Donc : le héros à la barbe de trois jours peut en toute légitimité appeler tout le monde à 1) se battre, et 2) prier pour l’intervention de la super Mère Nature avec eux. Si suite il y a, on peut l’écrire dès maintenant le plus facilement du monde : la culture Naa’vi est détruite par le petit blanc réformateur, il échange leurs filles contre des bouteilles d’alcool et de l’or, et sombre dans la décadence et la folie. Ou ils pourraient aussi décider de passer désormais tout leur temps dans des églises pour demander de la pluie à Mère Nature, et des dragons qui vont plus vite pour faire leurs courses plus rapidement que jadis.

Mais pourquoi faire un foin d’un petit blockbuster ? Parce qu’il a été véritablement aimé du public. Ce qui signifie que le racisme est négociable à condition d’images bleues et roses aussi flashy qu’un poisson exotique d’aquarium. Ensuite, l’argument opposé est absolument réversible : si la dénonciation du racisme doit être poursuivie, ne commence-t-elle pas par le plus ordinaire ?

avatar_nature.jpg
 

 

 Avatar : le renouveau du bon sauvage ? - source

 

Mais le plus prioritaire des inconvénients du film est que l’exigence esthétique mondiale a plongé si profond que les opprimés vengeurs d’aujourd’hui n’empruntent plus leurs mots aux poètes, ou leurs icônes aux peintres… mais se peignent directement en Naa’vi… Se peindre en bleu pour recevoir des fumigènes israéliens dans la gueule est la preuve la plus freako qui soit qu’un film n’est jamais qu’un film, même le plus con, surtout le plus con... un film, c’est nécessairement de l’idéologie.





 

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commentaires

Film streaming 10/05/2014 23:33

Mais on la comprend aisément si on tape sur Google « Mr Brainwash » et qu’on lit tous les blogs qui ont porté aux nues cet usurpateur. Il a littéralement lavé le cerveau de « la hype » occidentale.

Claudius 25/04/2010 19:48


Pas la peine de se faire des noeuds au cerveau quant à savoir si les Nav'i savent d'emblée à qui ils ont à faire ... :
Les Na'vi ont 4 phalanges par mains, les avatars 5...
Ca explique l'attitude agressive de Neytiri lorsqu'elle aperçoit pour la première fois Jake, ou plutôt son avatar. Elle sait qu'elle a devant elle un avatar en regardant ces mains.


R. 25/04/2010 23:52



Les questions de multiculturalisme ne se règle pas en comptant les phalanges d'une main... je le crains. Et je réponds bien en tant que fan de
SF, et pas en tant que simple mec qui aime débobiner du blockbuster. Mon problème avec Avatar est mon problème avec tout scénario de SF. Pour justifier une situation narrativement intéressante
(être initié par une tribu extra-terrestre), il faut supposer un certain nombres de lois sociales, ou physiques. Aujourd'hui tout scénariste de SF trouve ringard le voyage à la vitesse de la
lumière et beaucoup plus classe le voyage par trou de ver. J'attends avec impatience le jour où les scénaristes de SF trouveront aussi ringard de croire qu'il suffit de parler extra-terrestre
pour être son nouveau super pote-prophète... 


Pour répondre plus directement, il y a un souci dans le scénar : soit les na'vi sont super cool et tolère les humains avec leur petites apparences d'humains roses (et il serait beaucoup plus
simple de porter un masque ou une combi pour survivre à l'atmophère de pandora) ; soit les na'vi ont besoin d'avoir des formes de na'vi en face d'eux pour accepter de communiquer. Le moment
où Grace explique pourquoi les humains ont des avatars est super important, car il justifie tout le titre du film, et tout le ressort du film. Forcément on s'attend à une super justification...
Mais l'explication est incohérente.


Il y a deux raisons à leurs avatars. D'abord comme une mission humanitaire, puis comme une mission d'infiltration. Pourtant, comme vous le signalez, une simple phalange supplémentaire pourrait
les griller... Non seulement c'est incohérent de tenter de les infiltrer alors qu'ils savent déjà que les hommes peuvent les tromper, mais en plus, un détail si grossier fait échouer la
mission...


Alors je résume : Les humains ont des avatars, et pas des masques à gaz, parce que les avatars c'est pour les tromper. Autrement dit, les na'vi sont bel et bien pris pour des bouffons. Et les
na'vi sont bel et bien pas assez cool pour parler à des humains qui auraient gardé l'apparence humaine. Que Neytiri grille Jake à cause de sa phalange supplémentaire ne fait qu'ajouter un peu
plus d'incohérence dans le principe même du film.



Ezechiel 24/04/2010 12:29


"On ne sait pas très bien si les Naa’vi comprennent qu’il y a un humain dans ce Naa’vi en treillis militaire (ils sont cons à ce point-là)."

pourtant, lors de la première rencontre nocturne entre Neytiri et Jake (en avatar) celle-ci lui dit bien "ceux qui viennent du ciel n'apprennent pas, ne voient pas" preuvent que les Na'vi font bien
la différence entre les avatars et eux-même malgré l'enveloppe virtuelle.


R. 25/04/2010 13:56



Les Na'vi font bien une différence
entre les humains et les Na'vi, entre ceux qui viennent d'en haut, et ceux qui vivent dans la forêt. Mais font-ils la différence entre les Na'vi authentiques et les avatars Na'vi



Il semble que les Na'vi considère ces corps Na'vi comme des Na'vi, mais bossant pour les
humains. Car ces avatars ne sont pas des enveloppes virtuelles, ce sont des corps réels (en fait le film aurait été beaucoup plus drôle s'il y avait eu une sorte de nécronomancien rafistolant les
corps na'vi pour les faire utiliser par les humains). Bref, je doute vraiment que les Na'vi voient dans ces avatars un simple "corps-machine" permettant aux humains de se déplacer dans la
jungle. 


Ce qui alimente encore ce doute est que les Na'vi de façon générale ne font pas de grandes
différences entre les différentes tribus Na'vi, et qu'il est logique dans leur philosophie écolo-cool que tous soient frères et pacifiques. Qui plus est, le seul moment où ils commencent à
conceptualiser cette différence entre eux-mêmes et les Avatars, ils opposent les Na'vi éveillés à ceux qui rêvent... La référence au paradoxe de Tchouang Tseu est évidente (est-ce Tchouang Tseu
qui rêve qu'il est un papillon ou un papillon qui rêve d'être Tchouang Tseu ?) mais le problème dans cette conception, est que les rêves de ces avatars Na'vi sont bien réels. Le rêve supposerait
d'être hors du monde, sur un autre plan de réalité, or, les Na'vi se plantent puisque les humains qui reviennent dans leurs corps d'humains peuvent tout à fait dégommer les Na'vi dans leurs
"rêves". 


Donc, quelle que soit la façon dont les Na'vi le pensent, ils se plantent sur la
différence entre eux et les avatars Na'vi.



Arnaud 17/03/2010 19:09


Personnellement, j'avais plutôt tendance à voir dans ce film les jolis Naa'vi et les laids blancs. Tout ce qui touche au Naa'vi et à Pandora est harmonie et art de vivre, beauté simple et
naturelle, tout ce qui touche aux blancs est volonté de domination et brutalité. A mon sens, le film nous dit très clairement la laideur de notre civilisation droguée aux tranquillisants et
anti-antidépresseurs, détruisant la beauté de la Terre et se réfugiant dans une bêtise qui contraste violemment avec la sagesse des Naa'vi. Cet aveuglement culmine avec la décision de détruire
l'arbre pour y prendre du minerais : confondre les choses avec la relation qu'on entretient avec elles, sans jamais discuter de sa pertinente, telle est la maladie qui nous accable dont cet épisode
est le symptôme majeur. Cet arbre qui est une merveille y compris pour nous, est menacé de destruction parce que les humains sont incapables de sortir d'eux-mêmes et donc incapables de considérer
les choses qui les entourent autrement qu'en tant que sources de matière à consommer pour poursuivre inlassablement leur mode de vie -le notre- pourtant si délétère. En quelques sortes, ayant lu
Foucault, les Naa'vi ont acquis la certitude que Mère Nature les guidait vers les pratiques et le mode de vie de la sagesse ultime. Cet abandon n'était pas un mal sur une planète coupée de
l'Univers. Cette posture face aux choses de la vie les trahit avec l'arrivée de l'homme qui dès lors analyse et lance la consommation de Pandora, dans son éternelle fuite en avant, celle qui nous
observons aujourd'hui avec un sentiment d'impuissance. Donc, c'est cela qui m'a frappé lorsque j'ai vu le film. Cela nuance peut être un peu votre analyse quand au rôle du "petit blanc", qui
finalement doit apprendre au Naa'vi comment réagir face à un être -les hommes- fondamentalement éloigné de mode de vie et des considérations quand à ce qu'est une vie harmonieuse. Je pense qu'il ne
faut pas perdre de vue qu'ils vivaient alors seul, sans contact avec d'autres cultures. Dans ce contexte là, ils étaient les plus forts au jeu du bonheur. N'oublions pas que la sélection naturelle
sélectionne le plus apte à vivre dans un milieu donné, et uniquement celui-ci. Je pense que la beauté des images, en anesthésiant le cerveau, sert à faire passer ce message aux mondes occidentaux :
vous êtes laids. Finalement, si le blanc utilise un avatar -et devient un naa'vi- c'est très certainement pour mettre en évidence l'étrangeté de notre mode de vie à nous, qui nécessite d'utiliser
les grands moyens pour faire parvenir un message difficile à faire passer aux Naa'vi : les machins bizarres qui ont débarqués sur votre planète sont des abrutis finis malgré leurs technologies. Un
manière de nous prendre nos distances en nous confrontant à cette race qui vit aux antipodes de notre mode de vie, et d'ailleurs le porteur du message fuit ce mode de vie...